« Nos élèves perdent une année de cours sur toute leur scolarité »

Entre classes surchargées, manque de moyens, insécurité matérielle et absence de remplacements, Anaïs, professeure syndiquée à la CGT Éduc’action 93, témoigne d’un quotidien sous tension mais aussi d’un engagement profond pour ses élèves.

• 3 avril 2026
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« Nos élèves perdent une année de cours sur toute leur scolarité »
Depuis vingt ans, 7 000 écoles publiques ont été fermées.
© Feliphe Schiarolli / Unsplash

Imaginez-vous être professeure en Seine-Saint-Denis. Tous les jours, vous vous rendez au travail en vous demandant si vous aurez assez de chaises ou de tables pour vos élèves. En sortant de votre classe, vous craignez de vous faire bousculer, tant les couloirs sont étroits et le nombre d’élèves presque le double de celui pour lequel le collège a été conçu. Vous voyez vos collègues AED [assistant·es d’éducation] angoissé·es de ne pas pouvoir assurer leurs missions et la sécurité des collégien·nes. Cette semaine, vous avez peur qu’une fenêtre tombe sur vos élèves, comme cela vient de se produire dans la salle voisine. Ces fenêtres neuves, installées par le conseil départemental il y a un mois…

Imaginez-vous être professeure en Seine-Saint-Denis et savoir que, si vous vous blessez ou tombez malade, vos élèves n’auront pas de professeur·e pendant la durée de votre arrêt-maladie. D’ailleurs, dans certaines matières, ils n’ont pas de professeur du tout depuis la rentrée. Imaginez recueillir la parole d’une collégienne qui a subi des violences dans sa famille et vous sentir démunie car l’assistante sociale de l’établissement est en congé maternité et n’est pas remplacée.

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Eh bien, c’est mon cas : je suis professeure en Seine-Saint-Denis et tous les jours je sais que je ne pourrai pas assurer mes missions. Je sais qu’en me rendant en salle des personnels je croiserai des regards épuisés et j’entendrai les alertes de mes collègues en souffrance. Je suis professeure en Seine-Saint-Denis et tous les jours je vais laisser malgré moi de côté des élèves en situation de handicap, car ils n’auront pas d’accompagnante (AESH) pour les aider et que j’aurai vingt-sept autres élèves en demande de mon attention.

Je suis professeure en Seine-Saint-Denis et tous les jours je sais que je ne pourrai pas assurer mes missions.

Pourtant, tous les jours je me dis que je fais un métier qui me passionne, qu’être professeure en Seine-Saint-Denis, c’est aussi voir ces futurs citoyens et citoyennes s’épanouir, c’est pouvoir compter sur leur envie d’apprendre et de comprendre. C’est pour cela que nous restons, pour cela que nous tenons, mais jusqu’à quand ?

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Par rapport à la moyenne nationale, l’État investit 30 % de moins par élève dans ce territoire qui est le plus pauvre de la France hexagonale. Nos élèves perdent en moyenne une année de cours sur toute leur scolarité. Alors, je me révolte, je lutte, nous luttons ! Nous luttons pour un plan d’urgence pour l’éducation en Seine-Saint-Denis, pour que nos élèves ne soient pas laissé·es sur le bord du chemin, un chemin déjà semé d’embûches dès leur plus jeune âge de par le racisme structurel et les difficultés sociales qu’ils et elles subissent.

Nous luttons pour que tous et toutes les élèves puissent être scolarisé·es dignement, pour que les élèves en situation de handicap bénéficient de l’accompagnement et l’inclusion auxquelles ils et elles ont droit. Nous luttons pour que nos collègues AESH deviennent fonctionnaires, pour qu’elles soient payées à la hauteur de leur travail et pour que s’arrête la maltraitance institutionnelle à leur égard.

Nous luttons pour que tous et toutes les élèves puissent être scolarisé·es dignement.

Nous luttons pour que nos élèves n’étudient pas dans des classes dans lesquelles il fait 40 °C au mois de juin et 5 °C au mois de janvier. Nous luttons pour que les conditions d’étude de nos élèves soient acceptables, pour qu’ils et elles soient entouré·es et accompagné·es par des adultes en nombre suffisant.

Nous luttons contre la casse des services publics et contre l’abandon de ce territoire qui compte presque 2 millions d’habitants, parmi lesquels 60 % ont moins de 17 ans. Être professeure dans le 93, c’est lutter pour eux et elles !

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