Municipales : suivez le second tour en direct
À quoi va ressembler la France du second tour des municipales ? La participation sera-t-elle au rendez-vous ? Suivez ce scrutin décisif dans ce direct et sur notre canal Instagram.

Édition spéciale. Pendant tout le week-end, tous les articles, reportages, enquêtes et décryptages liés aux élections municipales sont en accès-libre.
Double face. Le second tour des élections municipales a ceci de contradictoire : scrutin local par excellence, tant ses prérogatives ont trait au quotidien des habitant·es, il comporte aussi une saveur nationale pour les partis politiques qui s’engagent dans la course. A fortiori lorsqu’une telle échéance arrive à seulement quatorze mois de la présidentielle.
Union victorieuse de la gauche ? Prises de guerre emblématiques du Rassemblement national ? Succès in extremis des Écologistes ? Pari gagné des Républicains ? Toutes ces questions trouveront leur réponse au cours de la soirée. En attendant, suivez le live de Politis et posez toutes vos questions sur live@politis.fr ou dans notre canal Instagram.
48 % de participation nationale à 17 heures
Le taux de participation à 17 h s’établit à 48,10 %, contre 52,36 % en 2014 à la même heure. Selon Ipsos, la participation ce soir devrait tourner autour de 57 %, comme au premier tour.
Sondage : qui déteste le plus les insoumis ?
Question difficile, tant les quatre sont sur la même ligne. Mais qui a prononcé cette phrase : « S’allier avec LFI, c’est inacceptable » ? Indice : il a martelé cette idée dans un quotidien détenu par un des hommes les plus riches de la planète !
Réponse A – Manuel Valls
Réponse B – François Hollande
Réponse C – Raphaël Glucksmann
Réponse D – Emmanuel Grégoire
(La bonne réponse est la réponse C : Raphaël Glucksmann ! Le leader de Place publique l’a tonné dès le premier tour et tous les jours qui ont suivi. Pourtant, l’eurodéputé a très (très, très) peu d’élus dans les conseils municipaux… C’est ce qu’on a calculé ici.)
À Billy-Montigny : « Marine Le Pen, je l’adore »
En début d’après-midi, Arlette, une femme âgée revient du marché. Elle dit à Politis avoir voté « pour la France ». On lui apprend que Marine Le Pen était à Billy-Montigny mercredi. Exclamation spontanée de sa part : « Je l’adore, elle ! » Elle n’avait pas fait attention au fait que cette dernière figurait sur l’affiche de Yanis Gaudillat… elle a voté pour le maire actuel, puisque c’est ce qu’« on » lui « a dit de faire ». Si elle avait su…
Yanis Gaudillat (RN) croisé devant un bureau de vote évoque à Politis « l’insécurité » et ce qu’il ce qualifie « d’ensauvagement des collectivités, même ici », une expression prisée par l’extrême droite française. Une retraitée l’interrompt. Elle le salue chaleureusement. De son caddie, dépassent des branches de buis, achetées exprès « pour les Rameaux », dimanche prochain. « Je suis 100 % chrétienne », précise celle qui assure qu’elle viendra « pour les résultats ce soir » avec deux amies. Quelques heures plus tard, les derniers votants s’empressent d’entrer dans le bureau de vote avant sa fermeture.
« Les hommes en cravate »
Devant le bureau de vote, un homme fume son cigare. Il est venu de Lens où le maire socialiste l’a remporté de justesse la semaine dernière face au RN. « Je comprends pas comment ce mec, qui n’est pas du coin, peut avoir autant de voix » soupire-t-il au sujet de Yanis Gaudillat, originaire de Bourgogne-Franche-Comté. Il observe « les hommes en cravate » qui entrent dans le bureau de vote où commence le dépouillement, à l’affût de parlementaires RN dont il craint qu’ils viennent pour l’annonce des résultats. Les cloches de l’église sonnent. À l’intérieur, les enveloppes sépia ont été étalées sur les tables. Autour des « dépouilleurs », une soixantaine de citoyens sont debout et observent. Billy Montigny est peut être en train de vivre ses dernières heures communistes.
À Limoges : « Douze ans de Lombertie, j’ai du mal à me l’expliquer dans une ville traditionnellement de gauche »
Situé non loin de la gare, dans une zone pavillonnaire longtemps considérée comme un bastion socialiste, les quatre bureaux de vote de l’école Odette Couty avoisinent, à 17 heures, un taux de participation à 65 %. Parmi les derniers votants, Laurent et Évelyne Debrach, tout deux retraités, sont venus apporter leur voix au député LFI et candidat de la gauche, Damien Maudet. « À gauche, c’est celui qui rassemble le plus. Moi, je ne suis pas très mélenchoniste, mais Maudet, ce n’est pas pareil, il a fait ses classes avec Ruffin ! », estime Laurent, ancien adjoint sous la mandature du socialiste Alain Rodet, entre 1990 et 2014.
Tandis que son mari débute un récit détaillé sur l’histoire politique de Limoges, Évelyne grince des dents : « Douze ans de Lombertie, j’ai du mal à me l’expliquer dans une ville traditionnellement de gauche. » Mais pour ce second tour, les deux Limougeauds ont confiance en la victoire face au candidat Les Républicains : « Quand on voit la campagne qu’a fait Guérin, on sent bien qu’il est fébrile ». Des bribes de conversation qui, remontées jusqu’aux oreilles d’un passant, ne font pas consensus.« Guérin, maire de Limoges ! », s’exclame celui-ci en réaction.
À Limoges, bientôt un maire insoumis ?
À Limoges, le deuxième tour de ce scrutin municipal est scruté bien au-delà des frontières du Limousin. Car la préfecture de la Haute-Vienne, aussi surnommée, la « Rome du socialisme », fait partie de ces rares villes qui, dès ce soir, pourraient avoir à sa tête un élu de de la France insoumise. Dimanche dernier, le député mélenchoniste Damien Maudet, soutenu par les Verts, a créé la surprise en se hissant en deuxième position (24,86 %), juste derrière Guillaume Guérin (27,84 %), ancien adjoint et candidat Les Républicains. Pourtant annoncée en tête des sondages, l’union entre socialistes et communistes menée par Thierry Miguel (PS) a dû se contenter de la troisième place, suivi par le candidat du Rassemblement national, Albin Freychet (12,54 %). En dernière position, le maire de droite, Émile Roger Lombertie, a dépassé de justesse la barre des 10 %.
Cette semaine d’entre-deux-tours est néanmoins venue rebattre les cartes. Promis à une quinquangulaire, Limoges doit désormais faire leur choix entre trois candidats. Après avoir obtenu un score décevant, le maire sortant a décidé de se retirer. Et bien que fâché avec son adjoint, à qui il avait promis de passer la main après deux mandats, Lombertie a appelé à faire barrage à la gauche. Mais le principal rebondissement provient des socialistes : à rebours de toutes leurs déclarations de campagne, ceux-ci ont finalement accepté de rallier Damien Maudet et les siens. Unie, la gauche limougeaude a de bonnes raisons d’espérer une victoire ce soir.
Vague bleu marine sur le bassin minier
À Billy-Montigny, dans le Pas-de-Calais, le deuxième tour s’annonce serré. D’un côté, Bruno Troni, communiste, 67 ans, au pouvoir depuis 2001. Avant, c’est son père qui dirigeait la commune depuis 1977. Face à lui, Yanis Gaudillat, 21 ans, candidat du Rassemblement national et collaborateur parlementaire de deux sénateurs du parti. Sur l’affiche de campagne de ce dernier, les visages de Jordan Bardella et de Marine Le Pen.
Cette dernière « s’est pointée cette semaine », nous dit Bruno Troni, étonné de voir cette dernière débarquer pour la première fois dans la commune de 8 000 habitants, « accompagnée de CNews, BFM et de trois cars de militants ». Depuis la semaine dernière, le maire et les communistes de la commune se demandent « ce qu’ils ont pu mal faire ». Comme ailleurs dans le bassin minier, à commencer par Hénin-Beaumont, commune limitrophe, « on a été touchés par la vague bleu marine », souffle-t-il.
À la sortie du bureau de vote qu’il préside, des habitants serrent la pince du maire en lui souhaitant « bon courage ». Au premier tour, Yanis Gaudillat a remporté 43 % des suffrages, presque six points devant Bruno Troni. Une troisième liste menée par un socialiste avait fait 20 %. Ce dernier s’est désisté sans donner de consignes de vote précises. Les premières tendances sont attendues à 19 h.
La gérante d’un PMU du centre ville de Billy Montigny, 32 ans, a voté « pour le changement ». Le maire dit-elle, passe tout le temps devant son commerce sans jamais s’arrêter. Le jeune âge du candidat d’extrême droite ne lui fait pas peur. « S’il est épaulé par le maire d’Henin Beaumont [Steeve Briois, N.D.L.R.], ça ira » assure-t-elle confiante. Accoudés au comptoir, Alain et Raymond, eux aussi sont allés voter RN. Ils lâchent sans hésiter des propos racistes. Alain, qui a passé 3 années « dans le fond de la mine » se revendique de « Le Pen père », le tortionnaire en Algérie qui a fondé le Front National.
Il ne voit aucun inconvénient à ce que la police municipale soit créée et armée comme le propose le RN à Billy. « Si ça tenait qu’à moi je leur tirerai dessus à la kalachnikov, pan pan pan », dit il au sujet « des drogués » en imitant des tirs en rafale. Le PMU avec ses courses de chevaux et le pastis du matin, « c’est pour oublier un peu qu’on est pauvres », disent-ils. Non loin, assis sur un banc, Sofiane, 40 ans s’inquiète de la montée de l’extrême droite. « Ils veulent diviser pour mieux régner. » Dans la région, « le malheur est arrivé quand les mines ont fermé ». Il pense que des associations seraient bien pour « aider les gens à sortir de la misère ». Aujourd’hui , Sofiane constate qu’autour de lui les gens sont « investis par le fatalisme. Ils ne croient plus en la politique ».
Quésaco à Saint-Brieuc ?
Saint-Brieuc rebasculera-t-elle à droite ? En 2020, après dix-neuf ans de présence du Modem à la municipalité, deux listes, une Modem, une autre de centre droit, se faisaient concurrence face à la liste divers gauche d’Hervé Guihard. Celui-ci remportait l’élection haut la main. Maire sortant, se représentant en 2026, désormais sous l’étiquette Place publique, Guihard est arrivé premier d’une courte tête au premier tour (33,20 %), talonné par un candidat Horizons, Victor Bonnot (31,70 %). Sont aussi en lice pour ce second tour : un zemmouriste (12,91 %) et une liste menée par le LFI Henri Alloy (11,71 %). Bien malin qui saurait dire de quel côté va pencher ce soir la préfecture des Côtes-d’Armor…
Union, fusion, alliance, divorce : petit récap
Vous sortez d’une sieste de sept jours et vous n’avez pas suivi la trépidante série « Game of Gauche » ? 3, 2, 1… C’est parti :
- Paris risqué. Dans la capitale, Emmanuel Grégoire affronte Rachida Dati sans la France insoumise.
- Tours vaut le détour. Le maire sortant a tout misé sur l’union, comme en 2020. Recette gagnante ?
- Retour vers le futur à Strasbourg. Une ancienne ministre socialiste sous François Mitterrand affronte Jeanne Barseghian, maire sortante écologiste et soutenue par la liste insoumise.
- Beauvais : l’exception qui confirme l’arête. Dès le 1er tour, la gauche supportait la liste de Roxane Lundy. Une situation rarissime, tant ailleurs, l’union s’est faite dans la douleur. Victoire au bout du fil ?
- Limoges bientôt de gauche ? Le député insoumis, Damien Maudet, pourrait ravir la mairie de droite avec toute la gauche derrière lui. Entretien.
- Ça traite la patte chez les éléphants du PS. Une stratégie qui préfère la défaite à la victoire de l’union…
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