Guerres israélo-américaines : le doute et le risque

Mis en échec, l’inconséquent Trump et le cynique Netanyahou risquent d’entraîner le monde dans des abimes toujours plus profonds.

Denis Sieffert  • 31 mars 2026
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Guerres israélo-américaines : le doute et le risque
© Saifee Art / Unsplash

Les guerres coloniales ou impérialistes ont leur loi. Elles se gagnent rarement sur le champ de bataille et elles se perdent souvent dans le pays des assaillants. La France en Algérie, les États-Unis au Vietnam ont fini par être vaincus par des mouvements anti-guerre surgis de leurs propres sociétés qui n’ont plus supporté de voir les images ou d’entendre les échos des massacres commis en leur nom. Et, peut-être moins encore, de perdre leurs enfants dans des guerres injustes et dépourvues de sens. Sommes-nous à cet instant de bascule dans les guerres israélo-américaines en Iran et au Liban ? On assiste en tout cas aux premiers craquements.

Le risque pour Trump est celui d’une fusion improbable dans l’opinion entre cette Amérique des droits humains et celle qui l’a porté à la Maison Blanche.

Un océan de manifestants s’est répandu le 28 mars dans de nombreuses villes des États-Unis. On parle de huit millions de personnes. Et la colère ne portait pas sur la hausse des prix du carburant ; elle était pacifiste et humaniste, mêlant la guerre à toutes les attaques contre la démocratie auxquelles se livre Trump. Elle était tout en révolte contre l’imposture de dirigeants qui avaient prétendu voler au secours du peuple iranien et qui le mettaient plus que jamais en danger. Le risque pour Trump est celui d’une fusion improbable dans l’opinion entre cette Amérique des droits humains et celle qui l’a porté à la Maison Blanche, isolationniste et nationaliste, qui ne supporte pas que leur président agisse sous la dictée d’Israël.

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En Israël, parlons-en, la colère est loin d’être comparable. La propagande n’a pas fini de répandre son poison. Sur tous les tons et dans presque tous les médias, il est dit depuis 1979 que l’Iran veut « rayer Israël de la carte ». Et, comme dans un funeste jeu de miroirs, les mollahs se sont employés à accréditer ce discours pour alimenter leur propagande. Il n’empêche ! Un commencement de doute est là. Il n’est pas porté par un sentiment humanitaire mais par une prise de conscience que le dôme de fer n’est pas infaillible, et que cette guerre n’est pas sans danger pour la population qui, de surcroît, commence à s’interroger sur la stratégie de la guerre perpétuelle de Netanyahou, sur les motivations d’un grand corrompu tentant d’échapper à son sort. Jusqu’au chef d’État-major qui dit redouter que l’armée ne puisse plus soutenir ces conflits tous azimuts, faute d’effectifs et de munitions.

En vérité, il s’agit pour Israël de chasser toute une population qui ne pourra plus revenir dans des villages rasés, comme en avril 1948, comme à Gaza.

Mais ce moment de faiblesse des deux superpuissances ne nous rapproche pas forcément de la paix. Que va faire Trump pris à la gorge par sa mise en échec et la montée de la protestation aux États-Unis ? Peut-il « rentrer à la maison », fût-ce en proclamant qu’il a remporté une « grande victoire » et que le Prince saoudien peut lui « lécher le cul », comme il l’a dit avec l’élégance qu’on lui connaît ? Ou, au contraire, va-t-il entraîner son pays et le monde dans une aventure d’une autre dimension ? Cette hypothèse est hélas la plus probable alors qu’il amasse ses troupes d’élite, que des centaines de forces spéciales sont venues en renfort des rangers et des marines déjà sur place. C’est prendre le risque de compter bientôt les cercueils de GI par dizaines et centaines. C’est inciter les Houthis yéménites à entrer dans le conflit et à bloquer le détroit Bab el-Mandeb, c’est-à-dire le canal de Suez, par lequel passent les porte-conteneurs venus des grands ports européens.

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L’ennui, c’est que si pour Trump cette guerre n’a plus pour objectif que de s’en sortir, ce n’est pas le cas de Netanyahou. Celui-ci gère ses petites affaires personnelles au prix de milliers de morts, mais il poursuit surtout sa guerre de conquête coloniale. Il encourage les colons à attaquer les Palestiniens de Cisjordanie, et fait pénétrer ses troupes dans le Sud-Liban. Comme à Gaza, il s’agit officiellement d’éradiquer les « terroristes », ici le Hezbollah, là le Hamas. En vérité, il s’agit de chasser toute une population qui ne pourra plus revenir dans des villages rasés, comme en avril 1948, comme à Gaza, et d’étendre le territoire israélien au moins jusqu’au fleuve Litani, à 50 kilomètres au nord de la frontière.

Une fois de plus, on est consterné par la lâcheté des Européens, Espagne et Irlande exceptées, qui promettent l’impunité à l’extrême droite israélienne, quoi qu’elle fasse. Pas tout à fait cependant : Emmanuel Macron et la très pro-israélienne Giorgia Meloni ont manifesté leur indignation quand le premier ministre israélien a interdit au Patriarche de Jérusalem de célébrer la messe des Rameaux dans l’église du Saint-Sépulcre. Voilà, soudain, que les limites de l’admissible étaient atteintes…

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