« La terre est un matériau sain et accessible à tous »
Oumaïma Bouslama, architecte de formation, raconte comment elle est devenue maçonne spécialisée en éco-construction, éco-rénovation et formatrice.
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Je suis architecte de formation, basée dans les Hautes-Alpes. J’ai commencé mes études d’architecture à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunis en 2001, et j’ai fini à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble en 2009. Après quelques années en agence, où je travaillais sur la rénovation de bâtiments publics en mettant l’accent sur l’esthétique plutôt que sur l’usage, je me suis retrouvée en 2012 face à une crise de sens dans mon métier. Je rêvais de devenir architecte car j’étais sensible à l’effet des espaces et des matériaux sur le bien-être des gens dans leur quotidien.
La question de l’impact des constructions sur l’environnement n’a jamais été centrale dans la pratique.
Or, la question de l’impact des constructions sur l’environnement n’a jamais été centrale dans la pratique. Il fallait juste reproduire des modes de constructions industriels à base de ciment et sortir des projets de terre dans des délais très courts. La question des savoir-faire et de l’utilisation de matériaux géo et biosourcés n’était que très secondaire, voire pas du tout abordée. Construire pour construire, bétonner pour bétonner, n’importe quel architecte pouvait le faire. Et passer plus de dix heures sur ordinateur n’était plus tenable. J’ai pris la décision de démissionner, une période de grande remise en question s’est ouverte.
Le béton, un standard énergivore et polluant
J’ai rencontré l’association Botmobil, qui fait de l’accompagnement à l’autoconstruction, via des collègues architectes dont la pratique était tournée vers le réemploi des matériaux et des objets. Cette rencontre m’a décidé à assumer mon changement de statut, c’est-à-dire de passer d’architecte à maçonne. Très vite, j’ai voulu en faire un métier. Je me suis formée en tant qu’ouvrière professionnelle de la chaux et j’ai passé le CAP de maçonnerie en candidate libre, pour m’inscrire à la chambre des métiers et exercer.
J’ai découvert la construction en terre à travers les maisons isolées en bottes de paille. Puis, j’ai réalisé plusieurs chantiers de mise en œuvre de bottes de paille comme isolants thermique et d’enduits à base d’argile et de chaux sur les parois. En 2014, j’ai postulé au diplôme de spécialisation et d’approfondissement en architecture de terre, m’ouvrant ainsi les portes vers les actions de sensibilisation, de formation et d’organisation de chantiers participatifs autour de la construction ou rénovation en terre.
Construire avec la terre et la paille, c’est construire à une échelle humaine.
Je me souviens de ce chantier d’accompagnement à l’autoconstruction en 2023. La cliente ne voulait utiliser que la terre du terrain et participer à la construction de sa maison en ossature bois, isolation en bottes de paille, et enduit terre intérieur. Un exemple significatif du « faire ensemble » et du partage de son savoir-faire. Un chantier marquant humainement, techniquement et socialement car nous étions dans un petit village, et cela a attiré la curiosité des habitants et des habitantes toutes générations confondues.
La terre est modelable, elle fait partie de notre environnement, et de l’architecture vernaculaire. Elle nous montre qu’on peut construire avec peu de choses, et avec tout le monde : les enduits terre peuvent être réalisés avec les enfants ou les grands-parents. Elle nous invite à nous tromper, à chercher, à expérimenter. Le ciment s’utilise avec les mêmes recettes partout dans le monde. La terre est un matériau sain et réutilisable à l’infini, qui peut être accessible à tout le monde pour personnaliser son espace et améliorer son confort au lieu de faire du standard énergivore et polluant. Construire avec la terre et la paille, c’est construire à une échelle humaine, c’est le fait main, et le construire ensemble.
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