Mairies RN : la guerre contre le monde du travail est déclarée, il faut faire front
Dans les communes dirigées par le Rassemblement national, les attaques contre les syndicats se multiplient. L’extrême droite veut affaiblir les contre-pouvoirs du monde du travail et imposer un ordre réactionnaire au service des politiques antisociales et racistes.

© Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
À peine installées, les nouvelles municipalités Rassemblement national passent à l’offensive. Leur méthode ? S’attaquer systématiquement à tout ce qui permet aux travailleurs et aux classes populaires de s’organiser, de faire du lien social et de se défendre. Partout en France, le même scénario se répète, alors que l’extrême droite poursuit sa politique de séduction du grand patronat.
S’attaquer aux organisations ouvrières
À Saint-Avold, dans le bassin minier de Moselle-Est, Hervé Simon, le maire fraîchement élu, a par exemple interdit la fête de la CGT. Cet événement populaire avait rassemblé plusieurs centaines de personnes l’année dernière, dans une ambiance familiale et militante, autour de concerts, débats et animations pour les enfants. Dans une région où l’extrême droite prospère, l’objectif est clair : attaquer les organisations qui pourraient faire émerger une contre-tendance.
Mais cette attaque n’est pas un cas isolé, comme le rapporte notamment l’Observatoire des mairies RN. À Carcassonne, le maire RN Christophe Barthès a tout simplement supprimé la mise à disposition de locaux municipaux aux syndicats CFDT, Sud Solidaires, CGT et FSU. Le motif officiel ? Une sombre affaire de réorganisation des espaces. La réalité, c’est que ces syndicats avaient eu le tort de manifester contre l’extrême droite.
À Grenay, dans le Pas-de-Calais, la maire Daisy Duveau a supprimé le traditionnel défilé du 1er mai pour le remplacer par un « repas des aînés ». Toujours dans le Nord, à Liévin, le maire a tenté de s’attaquer à la cérémonie d’hommage aux mineurs qui a lieu tous les 1er Mai avec les syndicats. Une façon de dire que la journée internationale des travailleurs n’a pas sa place dans sa commune, à moins qu’elle se fasse… sans les organisations des travailleurs.
Une offensive qui s’étend aux organisations culturelles et solidaires
La croisade contre les syndicats s’accompagne d’une politique de tri social et d’exclusion raciste. À La Flèche, la municipalité RN a réduit de 4 000 à 1 000 euros la subvention pour l’association d’apprentissage du français aux étrangers. Quant à l’association Solidarité Accueil Exilés, sa subvention est passée de 5 000 euros à… zéro.
La lutte contre la réforme des retraites de 2023 avait démontré à quel point les syndicats restent des organisations ancrées à une grande échelle territoriale.
Mais la répression s’étend également à toute forme d’expression qui échappe au contrôle du pouvoir municipal. À La Flèche, le maire Romain Lemoigne a baissé de 50 000 euros la subvention du Carroi, principal acteur culturel de la ville, menaçant sa survie. À Moissac, le maire Romain Lopez a livré le fond de sa pensée en plein conseil municipal. La culture, a-t-il expliqué, « est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ».
À Vauvert, le maire Nicolas Meizonnet a annulé une exposition en raison des prises de position politiques sur Facebook du photographe. En clair, le RN s’attaque à la culture et aux arts comme espaces de libertés, de rencontres et de débats d’idées.
Ne pas se laisser faire
L’ensemble de ces attaques contre les organisations du monde du travail, les réseaux de solidarité, ou encore la culture s’inscrivent dans une feuille de route claire : mater toute opposition, notamment ouvrière, pour préparer le terrain à une politique antisociale et raciste au niveau local et national, en vue de la présidentielle de 2027. Après deux quinquennats Macron déjà particulièrement violents contre le monde du travail, l’extrême droite assume de se préparer à poursuivre l’offensive. Les mairies d’extrême droite ne sont pas les seules à s’être attaquées aux syndicats et aux Bourses du travail, et ces offensives pourraient donner confiance à d’autres.
La lutte contre la réforme des retraites de 2023 avait démontré à quel point les syndicats restent des organisations ancrées à une grande échelle territoriale, notamment au travers des unions locales, qui ont joué un rôle important pour structurer la mobilisation à un niveau national. En s’attaquant localement au mouvement ouvrier, RN veut faire la démonstration au grand patronat comme aux notables locaux et à la base de la droite traditionnelle de sa capacité à imposer un « ordre » réactionnaire là où il est aux manettes.
Pour toutes ces raisons, nous apportons notre plein soutien aux organisations et militants qui font face à ces attaques. La lutte contre l’extrême droite se joue déjà dans ces communes, et il est nécessaire d’y faire front pour parer chaque attaque, maintenir chaque initiative menacée, et renforcer les organisations syndicales qui sont parmi les principales armes des travailleurs pour défendre leurs intérêts et ceux des plus opprimés.
Premiers signataires :
- Albert Frédéric — Élu CGT du CSE TotalEnergies Carling
- Anemoyannis Ariane — Porte-parole du Poing Levé
- Antonioli Alexis — CGT TotalEnergies Plateforme Normandie
- Batista François — Secrétaire de l’Union locale CGT Timone Capelette
- Bolle-Redat Matthieu — Cheminot, secrétaire général de l’UD CGT des Yvelines
- Boudon Aurélien — Secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires
- Boulanger Emmanuel — Secrétaire CGT Stellantis Borny
- Boussuge Muriel — Secrétaire générale de l’UL CGT de Chambéry
- Charbonnier Vincent — Syndicaliste, SNESUP-FSU
- Chikirou Sophia — Députée
- Coquerel Éric — Député LFI et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale
- De Cock Laurence — Historienne, vice-présidente de l’ONED
- De Luca Sylvia — DS CGT Macif
- Demaretz Frédéric — Secrétaire du syndicat CGT Arkema Feuchy
- Dlimsi Radouane — RP CGT Air France
- Dubs Bertrand — RS CSE CGT Stellantis Mulhouse
- Duse Vincent — CGT Union locale de Mulhouse
- Fouani Stéphanie — Membre CE UL Harfleur
- Freysselinas Jean-Philippe — SG UD CGT des Landes
- Gomez Rosalino — Délégué Sud Transport Eurométropole Metz
- Grandet Jenny — Élue CGT Safran Nacelles Le Havre
- Grandjean Emmanuel — Coordinateur CGT du groupe Arkema
- Hasselbach Arlette — Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation
- Henry Renaud — SG CGT Énergie Marseille
- Kazib Anasse — Porte-parole de Révolution Permanente
- Lebourgeois Simon — Secrétaire de l’Union locale de Vic-Fezensac
- Leroux Aline — SG UD CGT 57
- Lordon Frédéric — Chercheur
- Marcel Elsa — Conseillère municipale à Saint-Denis
- Maris Frédéric — Secrétaire général de l’Union locale CGT de Thionville
- Mertz Pierre — Secrétaire général CGT Cattenom
- Meurice Guillaume — Humoriste
- Observatoire national de l’extrême droite (ONED)
- Panot Mathilde — Députée
- Perriguey Julie — SG UD CGT 65
- Piedplat Serge — SG UL CGT Arras 62 et USTM CGT 62
- Porta Christian — Secrétaire de l’Union locale CGT Saint-Avold
- Prud’homme Loïc — Député
- Quirante Gaël — Syndicaliste, porte-parole du NPA-R
- Rader Julien — Secrétaire générale de l’Union locale CGT Béziers
- Renault Matthieu — Enseignant-chercheur
- Rossi Gautier — Cheminot élu CGT
- Rousseau Sandrine — Députée
- Ruscha Arnaud — Élu CGT de l’entreprise Arkema Carling
- Schirch Christophe — Élu CGT Flex-N-Gate Burnhaupt et secrétaire général de l’Union locale CGT de Mulhouse
- Steiner Tanguy — Élu CGT Continental
- Swäno Yann — Secrétaire adjoint CGT Stellantis Trémery
- Yoldas Cem — Militant antifasciste
- Action antifasciste Paris-Banlieue
Voir ici la liste complète des signataires.
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