Gauche et mouvement social : converger ou disparaître
Face à la montée de l’extrême droite et à l’épuisement démocratique, le hors-série de Politis « Gauche, où vas-tu ? » appelle à reconstruire des convergences entre forces politiques, sociales, écologistes, féministes et citoyennes.
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Une gauche minorée face à la poussée illibérale Reprendre la musique aux machinesIl arrive des moments où un pays semble suspendu au bord d’un basculement. La période ouverte n’est pas une alternance ordinaire : c’est une épreuve historique. Ce qui se joue dépasse les compétitions partisanes classiques. Il s’agit de savoir dans quel pays nous voulons vivre, quelle société nous acceptons de devenir et ce que nous sommes encore capables de construire face aux forces du ressentiment, de l’autoritarisme et du repli.
L’extrême droite n’est plus une menace lointaine servant à discipliner les consciences progressistes. Elle est devenue une possibilité de pouvoir. Elle progresse déjà dans les esprits, le langage public, la banalisation de la violence sociale, du racisme, de la xénophobie et du mépris des contre-pouvoirs. À mesure que s’impose l’idée qu’aucune alternative crédible n’existe, l’autoritarisme apparaît pour certain·es comme une réponse au désordre du monde.
C’est dans ce contexte que paraît ce numéro spécial de Politis, qui se présente comme un espace de mobilisation intellectuelle et citoyenne. Un lieu où se rencontrent responsables associatifs, chercheur·ses, artistes, militant·es écologistes et féministes, penseur·ses critiques et acteur·trices des quartiers populaires : tous·tes celles et ceux qui cherchent encore des chemins d’émancipation malgré l’épuisement démocratique.
Car il faut aujourd’hui reconstruire des convergences. La fragmentation des forces sociales, écologistes, culturelles et politiques est devenue un facteur majeur d’impuissance. Trop souvent, les luttes se replient sur leur périmètre, leur identité ou leur vocabulaire propre. Chacun·e défend sa cause avec sincérité, mais sans parvenir à l’articuler à un horizon commun.
Relier les combats plutôt que les opposer
Ce morcellement désarme les classes populaires et laisse le champ libre au bloc réactionnaire. Il ne s’agit pas d’effacer les désaccords. Une démocratie vivante suppose des débats et des divergences. Mais lorsque les querelles de frontières deviennent plus importantes que la construction d’un rapport de force collectif, elles cessent d’être fécondes. Elles traduisent une gauche qui doute d’elle-même et qui, faute de parler au pays tout entier, finit par ne parler qu’à elle-même.
L’histoire sociale et politique montre pourtant une autre voie. Les grandes conquêtes démocratiques sont nées de coalitions larges : mouvements ouvriers, syndicats, intellectuel·les, artistes, féministes, antiracistes, écologistes, associations, éducateur·trices populaires. Rien de durable ne s’est construit sans cette capacité à relier les combats plutôt qu’à les opposer.
Dans les associations de quartier, les collectifs écologistes, les syndicats, les réseaux d’entraide ou les lieux culturels, existent déjà des formes de solidarité qui dessinent une autre idée du monde commun. Le rôle du mouvement social sera décisif. Non pour se substituer aux partis, mais pour empêcher leur enfermement et rappeler qu’il n’y aura pas de victoire possible dans le spectacle des « gauches irréconciliables ».
Ce numéro hors-série de Politis (1) veut contribuer à une autre ambition : recréer des liens et des perspectives communes – la justice sociale, la démocratie, l’égalité, l’écologie et la dignité. Car la bataille à venir ne sera pas gagnée seulement dans les appareils ou sur les plateaux de télévision, mais dans notre capacité à refaire peuple. L’urgence est là : transformer les colères dispersées en puissance collective. Maintenant.
Cet éditorial ouvre le nouveau hors-série de Politis, en kiosque et sur notre boutique à partir du jeudi 4 juin. Les articles de ce numéro seront mis en ligne sur notre site au fil du mois de juin, chaque vendredi.
Le sommaire du numéro
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