Racisme vertueux et sexisme prédateur

Signe d’une fascisante banalisation, les deux systèmes de domination s’entrecroisent tout en prenant le soin de se donner en spectacle.

Nacira Guénif  • 26 juin 2026
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Racisme vertueux et sexisme prédateur
Manifestation contre le racisme, 21 juin 2026. Paris
© Arnaud FINISTRE / AFP

Dans la tête d’honnêtes gens de gauche peu enclins à la réflexion, le sort fait aux Arabes et aux Noir·es, cibles du racisme bon teint du sommet de l’État mais aussi au sein d’institutions au-dessus de tout soupçon comme l’Université, est réduit à une question mineure. Tout juste un épiphénomène fâcheux qui finira par s’épuiser à force d’éducation à la citoyenneté et de rares condamnations laxistes.

Faut-il s’en émouvoir ? Il pourrait être trop tard. En France, le fascisme ne fait pas que puer de la gueule, il est aussi instagrammable. Il arrive même que les très sachants à gauche prétendent nous expliquer que c’est un abus de langage d’user du terme fascisme. Imaginer conjurer le sort en interdisant l’usage de ce qui désigne notre état présent, c’est le dernier subterfuge des bien-pensants.

Si le fascisme prospère aujourd’hui, c’est que ses adversaires supposés naturels, à gauche mais pas que, ont laissé les digues sauter sans mesurer que leur passivité servait les haineux·ses débridé·es. Cette faute politique révèle leur tolérance à l’égard du racisme, leur tentation d’y céder, leur propension à s’y adonner sans avoir l’air d’y toucher.

Le demi-siècle passé à forger et poursuivre l’ennemi idéal en lui donnant les traits des Arabes, des Noir·es, des musulman·es a permis de détourner le regard des violences sexistes et sexuelles qui prospèrent. Pendant que tout un monde occidental s’affairait à combattre le terrorisme qu’il s’est inventé pour maintenir son hégémonie, le silence a profité à tous les prédateurs de ce même monde, de toutes classes sociales, unis dans une même volonté d’appropriation de tous les corps qu’ils convoitent. Le racisme débridé, l’islamophobie érigée en politique d’État ont servi de blanc-seing aux suppôts, ordinaires ou puissants, d’un patriarcat qui ne veut rien céder. Trop d’hommes ont encore à en tirer des profits, des jouissances.

En France, le fascisme ne fait pas que puer de la gueule, il est aussi instagrammable.

L’impunité bénéficiant aux racistes a aussi profité aux sexistes, qui ne se privent pas d’être aussi… racistes. Il aura fallu tant de voix dissonantes dénonçant l’insupportable, des écoles aux sacristies, des chambres à coucher à l’industrie du cinéma, pour débusquer ce sexisme prédateur, dominé par les Blancs, armée du patriarcat.

Tout semble figé dans cette interminable glaciation. Pourtant, les signes d’une émancipation joyeuse s’additionnent et pulvérisent le mur de la haine, décuplant de pitoyables réactions en chaîne racistes. Zohran Mamdani est unapologetic, Bally Bagayoko appelle à résister. Deux maires sur la barricade médiatique. Pour certain·es qui ont ardemment prôné une islamophobie patriotique, le vent a tourné et il est désormais tendance de soutenir Alaa Al-Qatrawi, poétesse palestinienne voilée, bloquée à Gaza en raison de la passivité complice de la France, bien que lauréate du programme Pause, destiné aux artistes et universitaires menacé·es. Opportuniste un jour, opportuniste toujours !

Cette mise en échec ne fait que commencer. J’en ai pris la mesure en dialoguant récemment avec les jeunes chercheures queers d’un séminaire Girls’ Studies, qui n’aurait pas pu exister quand je démontais le stéréotype de la beurette, il y a trente ans. Et je ne suis pas au bout de mes surprises.

Rendez-vous est pris pour le Festival Intersections ces 27 et 28 juin, pour s’affairer au déboulonnage de ces meilleurs alliés que sont le racisme et le sexisme, tête de pont de toutes les haines et les phobies.

Les esprits de Marjane Satrapi et de Mehdi Charef veillent, la mémoire des victimes de crimes racistes, de féminicides, du génocide en direct nous oblige.

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