Politiser le dancefloor avec Habibitch

Depuis des millénaires nous dansons pour nous exprimer et célébrer collectivement. Pour les communautés minorisées c’est un outil de revendication, dont l’histoire s’oublie dans le mainstream. Mise en jambe avec Habibitch, autrice de Décoloniser le dancefloor.

Lucie Inland  • 17 juillet 2026
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Politiser le dancefloor avec Habibitch
© Aleksandr Popov / Unsplash

La danse est plus que des corps s’agitant avec plus ou moins de maîtrise lors d’une soirée entre proches ou dans les clubs. Pour Habibitch, c’est un « cheval de Troie » pour parler de politique. Car la danse est aussi un langage de lutte pour les personnes minorisées, avec ses origines à respecter.

Habibitch raconte les « “Toi, t’es danseuse ?”, avec tout ce que ça sous-entend » d’être « une Algérienne » au « corps pas mince ». Faire ce métier signifierait avoir un corps modelé dans (et par) la norme majoritaire. Danser tout court, d’ailleurs.

Je suis blanche, née et élevée en Vendée – elle y a aussi grandi –, mais je suis grosse. Je connais la « stratégie d’autocensure » dans « les lieux de sorties (bars, boîtes de nuit, etc.), là où le corps est le plus observé », pour citer la sociologue Solenne Carof dans Grossophobie.

À qui est le dancefloor ? Surtout pas aux harceleurs, aux mascus à muscles ou à mortiers, ni à la « patine alternative », expression de l’ethnomusicologue Samuel Lamontagne pointant l’appropriation de cultures issues des marges transformées en espaces vidés de leur identité politique, comme la techno, la house, la ballroom, le twerk ou le whacking.

Habibitch rappelle que « ces danses ne sont pas des “techniques” nées ex nihilo, elles représentent des “contre-cultures” de résistance ». Madonna n’a pas créé le voguing en 1991, pas plus que Miley Cyrus le twerk en 2013. Le premier est inspiré des poses des mannequins de Vogue imitées par des détenus gays de Rikers Island (New York), qui rejoindront la culture ballroom. Il se danse sur de la house, native des DJ du club The Warehouse (Chicago), dont Frankie Knuckles, « lien tant attendu entre la musique noire des clubs et l’identité gay », illustre Didier Lestrade pour Slate.

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Le diabète lui fauche un pied puis la vie, comble cruel pour celui qui a contribué à l’essor de la house dance. Quant au twerk, essaimé via l’esclavage et les diasporas, il reste associé « à des stéréotypes de “sauvagerie” ou de “non-civilisation” ou de “Bitch” », pointe la danseuse Patricia Badin.

Dernier exemple, le whacking, « la danse qui a été un coup de cœur quand elle est entrée dans mon corps pour la première fois », dit Habibitch, et moi aussi. « C’est une danse queer d’urgence, de rébellion, née en réaction à un système oppressif » à Los Angeles, résume chez Konbini Mounia Nassangar, danseuse et chorégraphe.

Précieux pour moi : il y a des danseur·ses gros·ses connu·es, comme Boubou, Fanny Figols, Matyouz et Mutekirena. Mais comme Habibitch le souligne si bien : « Arrêtez de dire que “ça fait du bien de voir un corps différent” faire ci ou ça, juste quand vous voyez un corps non mince prendre de la place où que ce soit. C’est épuisant, et par “épuisant” je veux dire : grossophobe. »

En apprenant ces danses, je m’intéresse aussi à leurs racines, en gardant à l’esprit que ce n’est pas parce que je paie pour y accéder que ça me met au centre. Tout comme suer en cours à répéter quinze fois le même enchaînement, ça force à la nécessaire humilité de ne pas tomber dans ce que la sociologue Robin DiAngelo nomme la « fragilité blanche ». Travailler ses appuis, c’est important sur le dancefloor.

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