Le vrai déclin de l’empire américain
Les États-Unis vont célébrer leur 250 ans d’indépendance alors qu’une enquête du très sérieux Pew Research Center témoigne d’une impopularité planétaire.
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© Larry Alger / Unsplash
Les États-Unis s’apprêtent à célébrer le 4 juillet les 250 ans de la Déclaration d’indépendance qui a marqué leur émancipation d’avec la Couronne britannique. Drôle de contexte tout de même pour un empire englué dans un conflit avec l’Iran qu’il a provoqué et dont il ne se sort que dans ce qui ressemble à une capitulation. Certes, les États-Unis possèdent toujours la puissance des armes et celle du dollar, mais ils ont perdu toute lisibilité. Un individu peut être dominé par ses passions, celle de l’argent par exemple, mais un État ne le peut pas. A fortiori lorsqu’il s’agit d’une puissance planétaire dont les foucades ont un impact mondial. En peu de temps, Trump a dilapidé ce qu’il y a de plus précieux et de plus immatériel : la confiance des alliés traditionnels de son pays.
On peut se demander si les États-Unis ne sont pas en train de glisser dans ce purgatoire des nations les plus mal-aimées.
À force de « Riviera à Gaza », de rachat du Groenland, de soutien à Poutine, de droits de douane erratiques et d’inconséquences généralisées, il a ruiné les principes fondateurs qui vont sûrement être invoqués ce 4 juillet, au comble de l’hypocrisie. Inscrire le nom de Donald Trump sur la même ligne que ceux de Benjamin Franklin, Thomas Jefferson ou de John Adams prêterait à sourire. Grandeur et décadence. C’est à propos d’Israël que l’on emploie le plus souvent l’expression « État paria ». À en juger par différentes enquêtes, on peut se demander si les États-Unis ne sont pas en train de glisser dans ce purgatoire des nations les plus mal-aimées. Le très sérieux Pew Research Center a interrogé 42 000 personnes dans 36 pays, entre février et mai 2026. Une moyenne de 35 % des adultes de ces pays jugent encore que les États-Unis contribuent « à la paix et à la stabilité », contre 63 % qui pensent le contraire.
Sans surprise, c’est l’Europe, cible des attaques les plus violentes de la part de l’administration Trump,qui est la plus critique (environ 20 % d’opinions positives, et même 16 % en France). En Europe, l’exemple suédois est le plus spectaculaire, passant de 64 % en 2023 à 23 % aujourd’hui. Seuls cinq pays jugent toujours positive, voire très positive, la politique américaine : Israël, les Philippines, le Ghana, le Kenya et le Nigeria. Ce qui est terrifiant, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de Netanyahou ou de Ferdinand Marco Jr., mais d’opinions publiques gorgées de propagande. Bref, la cote de popularité de l’Amérique de Trump est au plus bas. Il faudrait pourtant avoir la mémoire courte pour oublier à quel point les États-Unis de Johnson et de Nixon ont été détestés quand leurs bombardiers brûlaient des villages vietnamiens au napalm (1964-1975), ou quand George Bush Jr. envahissait l’Irak.
L’Amérique ne fait plus peur parce qu’elle est puissante, mais parce qu’on ne sait jamais ce qu’elle va faire de sa puissance.
La différence ne se situe pas dans l’ordre de la morale, mais dans la destruction d’une stabilité idéologique héritée de la Deuxième Guerre mondiale. L’historienne Maya Kandel note avec justesse que les États-Unis bénéficiaient autrefois d’une « coïncidence entre les intérêts américains et la prospérité mondiale ». Leur domination résultait d’une « croyance en la supériorité du modèle américain ». Une croyance largement fondée sur l’anticommunisme. C’était l’Amérique « leader du monde libre ». C’est ce statut qui s’est effondré, comme si les États-Unis avaient fini par être emportés par l’effondrement du bloc soviétique. L’Amérique ne fait plus peur parce qu’elle est puissante, mais parce qu’on ne sait jamais ce qu’elle va faire de sa puissance.
Et puis, il y a sur le plan intérieur, un pays violemment xénophobe qui tourne le dos à sa tradition d’accueil, et qui n’en fait qu’à la tête de son président et de ses amis fascisants. Dans leur rapport au monde, les États-Unis ont jeté aux orties le multilatéralisme, l’ONU, l’Unesco. Ils ont coupé les crédits de l’Usaid, qui était à la fois un fonds de solidarité en Afrique et en Asie, et un instrument de soft power. Les victimes de Trump mourront moins sous les bombes que de la malaria et de la fièvre Ebola. Elles mourront du réchauffement climatique parce qu’un potentat se sera écrié : « Que le pétrole coule à flots ! »
La question est de savoir si le chaos trumpien, le culte de la force absolue, est l’avenir du monde.
Il n’est pas interdit de se réjouir du suicide de l’empire américain. Les dégâts sont si considérables que l’on doute fort qu’il puisse être sauvé. Un retour au passé, même en cas de défaite de Trump et de ses héritiers, n’est ni réaliste ni souhaitable. La question est de savoir si le chaos trumpien, le culte de la force absolue, est l’avenir du monde, ou si celui-ci se donnera d’autres grands référents : la dictature chinoise, ou – qui sait ? – une Europe qui se réinventerait autour d’un modèle écologique et social. On en est loin.
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