Iran : une défaite pour Trump, un désastre pour Netanyahou
L’accord de cessez-le feu avec l’Iran est bien fragile alors que les dirigeants israéliens ne rêvent que de le torpiller.

© Ludovic MARIN / AFP
Démarche de caïd, menton plus proéminent que jamais, Donald Trump est arrivé en triomphateur au G7 d’Évian. Tout le monde est bien conscient que sa « victoire » est en vérité un désastre en regard des objectifs affichés au jour de la première bombe sur l’Iran, il y a trois mois, mais comme dans le conte d’Andersen, aucun des six dirigeants qui l’attendaient sur les rives du lac Léman n’a osé dire que « le roi est nu ». Et pourtant ! A-t-on connu dans l’histoire un accord de cessez-le-feu qui constitue ainsi un recul pour tous les belligérants ? Donald Trump n’a rien obtenu du régime iranien en ce qui concerne le dossier nucléaire. Avec son inconséquence habituelle, le président américain s’est contenté de promettre de récupérer l’uranium « le moment venu ». Rien non plus qui restreigne la production balistique.
Pour sauver ses élections de mi-mandat du mois de novembre, Trump a sacrifié son ami Netanyahou.
Et ne parlons pas de l’autre objectif affiché au moment du déclenchement du conflit, c’est-à-dire la chute du régime de Téhéran. Non seulement celui-ci est toujours solidement en place, mais il se montre plus répressif que jamais. Pour le pire, le pouvoir s’est déplacé, des mollahs aux Gardiens de la Révolution. Quant au détroit d’Ormuz, alors qu’il était libre auparavant, il fait aujourd’hui l’objet d’un chantage iranien au droit de passage. Enfin, les pays du Golfe, qui se croyaient protégés par le bouclier américain, ont appris à leurs dépens, qu’il ne fallait plus compter sur leur grand parrain. Du côté de Téhéran, le régime peut pavoiser, il a remporté une incontestable victoire politique. Il peut même exiger la levée des sanctions et des réparations pour les dommages causés. Mais, c’est au fond une victoire en trompe-l’œil. Les infrastructures pétrolières ont été endommagées ou détruites, et l’économie du pays dévastée. Mais c’est le peuple qui paiera.
Si bien que, de quelque côté que l’on se tourne, le désastre est total. Mais cet accord a une autre caractéristique. Il oublie un troisième acteur. Paradoxe des paradoxes, Israël, qui a poussé à la guerre, promis gloire et postérité au président américain, et qui l’avait encouragé à déchirer l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, n’a pas eu voix au chapitre. C’est la grande faiblesse de l’accord qui doit être signé ce 18 juin. Pour sauver ses élections de mi-mandat du mois de novembre, Trump a sacrifié son ami Netanyahou, humilié à l’avant-veille de ses législatives de l’automne. On peut parier que le Premier ministre israélien n’en restera pas là. Il tient le Liban en otage. Les Iraniens ont obtenu in extremis que le cessez-le-feu au Liban fasse partie de l’accord irano-américain. Mais n’en doutons pas, la moindre roquette du Hezbollah, réelle ou inventée, donnera prétexte à Netanyahou pour torpiller l’accord.
Il faudrait ne rien comprendre à l’histoire d’Israël pour croire que le démantèlement du Hezbollah est l’unique but de guerre.
La situation libanaise est surtout lourde d’une autre interrogation. Il faudrait ne rien comprendre à l’histoire d’Israël pour croire que le démantèlement du Hezbollah est l’unique but de guerre. Comme à Gaza, l’éradication supposée du Hamas n’a servi qu’à rendre inhabitable le territoire pour le recoloniser, l’invasion du Sud-Liban est avant tout une guerre de conquête. Or, rien ici n’est acquis. Surtout pas le retrait du territoire occupé. Les dirigeants d’extrême droite de Tel-Aviv ne perdent jamais de vue leur objectif historique de « Grand Israël ». Avec des ennemis aussi déterminés à saboter tout accord, il n’y a pas lieu d’être optimiste. Certes, nous avons tous vu le fossé entre l’Israël de Netanyahou et l’Amérique de Trump se creuser au cours des dernières semaines. L’un veut un prix du baril en baisse, l’autre veut pouvoir tirer sur tout ce qui bouge, au nord, à l’est, au sud, au nom d’une promesse sécuritaire impossible à tenir quand on s’est fait tant d’ennemis dans la région depuis des décennies.
Contre Netanyahou, Trump a usé de l’arme qu’il maîtrise le mieux, celle de l’invective. Mais on est très loin de la suppression de l’aide économique et de la fin de la livraison d’armes qui contraindraient Israël à un changement radical. Il est probable qu’à la première occasion, Trump entonnera de nouveau son refrain favori du « droit d’Israël à se défendre », sacrifiant le Liban. En attendant, le caïd de la Maison Blanche peut continuer de rouler des mécaniques confondant la géopolitique avec un de ces combats de MMA (1) qu’il a organisés dans les jardins de la Maison Blanche. Une attraction de violence absolue, sans foi ni loi, dont il raffole et qui illustre le monde de ces rêves et de nos cauchemars.
En MMA (mixed martial arts), lorsqu’un combattant est au sol, l’autre peut se ruer sur lui et continuer de le frapper à la tête à coups de poing et de coude. Le MMA n’a été légalisé en France qu’en 2020.
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