« Tout remettre à plat »

Daniel Cohn-Bendit invite les Verts à Tours le 30 juin pour commencer, « à chaud, une refondation qui va prendre du temps ». Il le fait avec son franc-parler habituel.

Claude-Marie Vadrot  • 21 juin 2007 abonné·es

Les Verts ont-ils encore un avenir ?

Daniel Cohn-Bendit : Bien sûr. Dans l’espace où ils se trouvent, il n’existe pas de rénovation sans les Verts ; et si les Verts ne se rénovent pas ­ j’y tiens, c’est quasiment mon slogan ­, il n’y aura plus de Verts. Donc pas de rénovation. Il leur faut changer sous peine de disparaître. C’est possible, car ce parti réunit aujourd’hui entre 7 000 et 8 000 militants, mais il ne faut pas oublier qu’au cours des dernières années, 30 000 autres y sont passés, avant de repartir, découragés. J’en connais beaucoup qui sont prêts à revenir, à continuer, si on leur offre des perspectives. Il faut retrouver ces déçus des manoeuvres d’appareil, d’un appareil qui se défend pour exister.

Pourquoi ? Dans le fond, on peut se passer d’eux…

Non, absolument pas ! On ne peut pas expliquer, comme le font les Verts, qu’il est minuit moins cinq pour la planète, et se mettre en situation de ne pas intervenir. Il faut qu’ils se transforment, qu’ils se rénovent, en renonçant à leur culture du suicide. C’est urgent.

D’où l’idée de la réunion de Tours ?

Oui, il faut tout ­ je dis bien tout ­ remettre à plat, il faut renoncer au vertige suicidaire d’un appareil qui ne sait même plus pourquoi, contre qui et contre quoi il se bat. Tours, pour moi, c’est la dernière occasion de parler, de discuter calmement. Non pas pour y décider quoi que ce soit, car il ne faut rien entreprendre dans la précipitation. Pour préparer des états généraux qui se tiendraient à la fin de cette année. Et une ultime réunion de refondation en 2008.

Un nouveau parti Vert ?

Non ! Surtout pas ! Ce mot n’est plus vendable, il fait fuir, il provoque des réactions négatives. C’est la loi du marché : une marque trop entachée d’échecs et de soupçons ne peut pas survivre. Il faudra trouver un nouveau nom. Pour ma part, je proposerais, et je ne suis pas le seul, « Les Écolos ». C’est simple, ça parle à tout le monde, c’est sympa.

Certains vous soupçonnent de vouloir organiser une OPA sur les Verts…

Je sais, c’est extraordinaire ! Cela illustre bien la culture de la suspicion et de la méfiance qui a fait tant de ravages. Je ne veux pas prendre les Verts, ce n’est ni mon objectif ni mon problème. J’ai simplement envie de participer avec d’autres à un sauvetage, à une rénovation. Mon action politique ne se situe pas en France, mais je suis attaché à l’existence et à la survie de ce parti.

Les responsables actuels seront présents à Tours ?

Oui, beaucoup d’entre eux. Notamment Yves Cochet et Dominique Voynet. Nous ne nous y retrouverons pas pour changer une fois de plus les dirigeants ­ que l’hécatombe cesse, par pitié ! ­, mais pour parler sérieusement, pour analyser, pour tenter d’éradiquer la culture de la surveillance, des ego et de la suspicion.

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