« Il n’y a pas plus géopolitique que les Jeux olympiques »

Sport et politique sont intimement mêlés, constate Pascal Boniface. Mais l’instrumentalisation des grandes compétitions par des régimes autoritaires est à double tranchant, car leur visibilité renforce également celle de leurs détracteurs.

Patrick Piro  • 25 avril 2024 abonné·es
« Il n’y a pas plus géopolitique que les Jeux olympiques »
Lors des JO de 1936 à Berlin, supposés démontrer la suprématie de la race aryenne, l’athlète états-unien Jesse Owens remporte quatre médailles d’or.
© Schirner Sportfoto / Picture alliance / dpa via AFP

Pascal Boniface est le fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de la géopolitique du sport. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, consacrés en particulier aux grandes compétitions internationales, dont Géopolitique du sport (Dunod poche, 2023).

L’instrumentalisation du sport à des fins politiques est un classique. Les régimes totalitaires, notamment, en ont abusé. Aujourd’hui, les méthodes sont sophistiquées, on appelle ça le « sport power ». Le phénomène est-il indissociable des grands événements comme les Jeux olympiques et paralympiques ?

Pascal Boniface : La référence absolue en matière d’instrumentalisation du sport par les régimes totalitaires, ce sont les JO de Berlin en 1936 sous l’égide d’Adolf Hitler. Il y a aussi eu la Coupe du monde de football de 1934 en Italie, organisée à la gloire du Duce, avec des saluts fascistes dans les stades. Une méfiance à l’égard du sport, à gauche, conduit certains à cataloguer le sport comme une pratique au service du nazisme et du fascisme. Ce qui est parfaitement démenti pourvu qu’on ne s’arrête pas à l’écume des choses.

Ainsi, lors des JO de 1936 supposés démonter la suprématie de la race aryenne dans le sport, Jesse Owens, athlète états-unien noir, remporte quatre médailles d’or et se lie même d’amitié avec le sauteur en longueur allemand Luz Long. Un fait qui, comme d’autres, montre un envers du décor qui ne sied pas à la posture dont je parle. Par ailleurs, à cette époque, la jeune République espagnole naissante organise à Barcelone des « contre-Jeux de Berlin », utilisant le sport pour faire pièce au nazisme. À l’occasion, de nombreux articles dénoncent la véritable nature du régime nazi, incitant à se mobiliser contre lui.

Organiser une grande compétition conduit immanquablement à donner une grande visibilité au régime qui le porte.

Un autre exemple célèbre porte aussi cette ambivalence : la Coupe du monde de football en 1978 en Argentine, attribuée, comme à Berlin, avant

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Politique
Temps de lecture : 13 minutes

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