Kracauer, un promeneur face à la modernité weimarienne

Dans des essais aujourd’hui rassemblés, Siegfried Kracauer observait
les effets de la modernité industrielle et de la massification culturelle
sur ses contemporains, avant l’arrivée des nazis au pouvoir.

Olivier Doubre  • 2 octobre 2008 abonné·es

Observer avant de s’enfuir. Ces mots peuvent décrire la posture de Siegfried Kracauer à la veille de l’arrivée de Hitler au pouvoir. Né en 1889, juif originaire de Francfort, celui qui fut l’un des journalistes et écrivains les plus brillants outre-Rhin au début des années 1930 avant de connaître l’exil et la pauvreté à Paris décrivit ainsi dans la Frankfurter Zeitung, journal où il exerça onze ans durant, la foule des gens devant les ruines du Reichstag incendié dans la nuit du 27 février 1933 : « Ce qui les surprend le plus, c’est le silence général. Un silence vraiment étrange, car d’habitude les disgrâces publiques éveillent le besoin de communication de la masse. […] On entend seulement, par moments, un murmure. Mais il ne fait qu’interrompre rarement l’observation de l’édifice dévasté sur lequel les yeux sont braqués, comme s’ils étaient attirés par la force d’un symbole. Les regards le transpercent et se

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