Razmik Hakobyan, irradié sans papiers

Un collectif lance une pétition pour la régularisation d’un réfugié arménien, ancien liquidateur de Tchernobyl.

Lena Bjurström  • 20 février 2014
Partager :
Razmik Hakobyan, irradié sans papiers
© Photo : Monument en hommage aux «liquidateurs» à Tchernobyl, Ukraine (AFP PHOTO/ SERGEI SUPINSKY)

Razmik Hakobyan est arménien , arrivé en France en 2007 avec son épouse et ses trois enfants, il y demande depuis une régularisation sans cesse refusée. Son histoire est celle d’un réfugié, persécuté dans son pays, venu chercher en France un asile qu’il n’a pas obtenu. L’histoire serait tristement classique si ne s’y mêlait pas l’héritage de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Car Razmik Hakobyan est un ancien « liquidateur » de Tchernobyl, un de ces hommes qui, en 1986, lors de l’explosion de la centrale nucléaire, a été envoyé pour confiner les ruines radioactives et limiter l’impact de la catastrophe. L’Arménie faisait encore partie de l’URSS et le jeune homme exerçait son service militaire. On l’a envoyé dans les ruines, vêtu d’une « simple combinaison, un masque, des gants » , explique-t-il au journal Midi libre. Deux mois à charrier et à enterrer les débris radioactifs. Aujourd’hui l’un des rares liquidateurs survivants, il souffre de lourds problèmes de santé.

Traîner sa maladie de l’Arménie à la France

Rentré en Arménie, dans un pays nouvellement indépendant, il exerce comme caméraman pour une petite télévision, filme les actualités. Depuis un reportage sur une manifestation, qui lui vaut d’être enlevé par un groupe « para-policier » et séquestré pendant plusieurs jours, Razmik Hakobyan explique être persécuté. Ce qui lui fait prendre, avec sa famille le chemin de l’exil. Géorgie, Pologne, Ukraine, un voyage de plusieurs années le mène en France où il est envoyé en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), à Béziers.

Quatre années de bataille administrative pour se voir refuser le statut de réfugié, toute demande de régularisation rejetée. Il faut dire que l’Arménie fait partie de la liste des « pays sûrs » déterminée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et aux yeux de l’administration, les allégations de Razmik Hakobyan ne sont pas prouvées.

Aujourd’hui, la famille, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, vit chez ceux qui acceptent de l’héberger, des membres du Collectif de défense des sans-papiers de Béziers.

« Pas digne de notre République »

« Soumettre un homme usé, fatigué et malade à ce régime n’est pas digne de notre République et d’un pays d’accueil comme la France » , dénoncent ceux-ci dans une pétition adressée au préfet de la région. Renvoyer cet homme dans un pays où il a été persécuté, et où ses moyens ne pourront lui permettre de payer des soins entièrement à la charge des patients revient, selon eux, à le vouer « à une mort certaine » .

Car si sa demande d’asile a été rejetée, rien n’empêche au préfet de régulariser cette situation, grâce à l’article 313-14 du Code de l’entrée, du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). Cette disposition permet au préfet de régulariser un étranger au regard de motifs exceptionnels.

Pour le Collectif de défense des sans-papiers, l’histoire et la situation de Razmik Hakobyan ne peuvent pas être ignorées.

Société Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026 abonné·es

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition
Justice 19 février 2026 abonné·es

La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition

La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 18 février sur l’extradition de deux militants antifas poursuivis dans l’affaire de Budapest. Si l’audience a été renvoyée au 18 mars, l’inquiétude liée au contexte politique français depuis le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, s’est fait ressentir parmi les soutiens.
Par Pauline Migevant
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre