Nette remontée de l’homophobie en 2016

L’association SOS Homophobie a publié son 21e rapport annuel sur la LGBTphobie. Avec une hausse inquiétante de près de 20 % par rapport à 2015.

Olivier Doubre  • 12 mai 2017
Partager :
Nette remontée de l’homophobie en 2016
Photo : manifestation à Marseille le 13 juin 2016, suite à la tuerie d'Orlando.
© CITIZENSIDE / Georges ROBERT / Citizenside

Ce sont 170 pages suintant la bêtise, la haine et le mépris. Réalisé à partir des témoignages recueillis sur la ligne d’écoute anonyme de l’association SOS Homophobie [1], ce rapport annuel 2017 – qui n’est pas une étude statistique sur un échantillon représentatif de la population du pays – apparaît particulièrement inquiétant puisque l’ensemble des témoignages de LGBTphobie a augmenté de 19,5 % par rapport à l’an dernier. « C’est un constat triste et malheureux concernant le quotidien des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) », regrettent les auteurs et militants. En effet, après une explosion du nombre de cas en 2013, année de l’adoption du mariage pour tous, avec toutes les mobilisations homophobes que l’on sait, 2014 et 2015 avaient vu leur net recul.

La plus forte augmentation concerne la transphobie, avec 76 % de hausse des cas signalés, dont 43 % de discriminations. Les réseaux sociaux et plus largement Internet sont devenus « les lieux les plus propices » (22,5 % des cas), les auteurs d’insultes étant protégés par la distance et surtout l’anonymat. Au travail, si les cas de licenciements ou de harcèlement diminuent (–16 %), les insultes, diffamations et menaces continuent de croître, notamment chez les femmes, même si les hommes demeurent les victimes les plus représentées, généralement par des insultes récurrentes. Il est d’ailleurs souvent difficile de se défendre auprès de sa hiérarchie, puisque les agresseurs sont pour 43 % des supérieurs hiérarchiques.

Enfin, l’école est un lieu particulièrement fréquent d’insultes voire de violences physiques, avec une majorité d’agressions commises par des camarades. Mais pas seulement, loin de là, puisque 44 % des cas ne sont pas le fait d’élèves, mais du corps enseignant ou du personnel des établissements. Quelque 15 % des victimes sont des enseignants. Des témoignages concernent aussi l’homoparentalité, stigmatisée auprès des enfants. Par ailleurs, les signalements de comportements LGBTphobes au sein des familles continuent d’être nombreux, même si plus rarement dénoncés et encore moins poursuivis.

Une tendance inquiétante

Ce rapport montre donc que la LGBTphobie demeure un phénomène grave en France, même si des avancées, du mariage à l’adoption mais aussi avec la simplification de la procédure de changement de sexe à l’état civil prévue dans une loi de novembre 2016, ont eu lieu du point de vue institutionnel. Et les enquêtes d’opinion montrent toujours qu’une large majorité de la population est favorable à ces progrès législatifs. Mais le fait que des mouvements – comme la Manif pour tous et surtout son émanation chez Les Républicains, Sens commun, qui a soutenu ouvertement le candidat Fillon –, aient accès sans problème à la parole publique, a toujours pour conséquence de « libérer » les passages à l’acte.

Rappelons que ce document de SOS Homophobie, reposant uniquement sur des témoignages anonymes et volontaires, ne repose pas sur des statistiques officielles, inexistantes pour l’instant, et ne donne qu’une tendance – inquiétante. Pour autant, la compétence de Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme a été élargie « à la haine anti-LGBT » l’an dernier. Désignée désormais par le signe « Dilcrah », elle doit rendre publics dans les prochains mois les chiffres concernant les plaintes déposées auprès de la police et de la gendarmerie. Des plaintes, soulignent le rapport, pas toujours facilement reçues par ces administrations, qui rejettent parfois les circonstances aggravantes liées au caractère LGBTphobe des agressions, pourtant prévues par la loi…

[1] Du lundi au vendredi, de 18 h à 22 h, le samedi de 14 h à 16 h, le dimanche de 18 h à 20 h ; 01 48 06 42 41

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien