Les mers étouffent par manque d’oxygène

De grandes zones de pêche vont tout simplement disparaître sous l’un des effets du réchauffement climatique.

Claude-Marie Vadrot  • 8 mars 2019
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Les mers étouffent par manque d’oxygène
© Photo : BERTRAND BODIN / ONLY FRANCE

Les scientifiques qui auscultent mers et océans ont déjà découvert que leurs niveaux montaient inexorablement. Qu’ils s’acidifiaient. Que les coraux blanchissaient et mouraient. Qu’ils étaient de plus en plus pollués. Que les plastiques l’encombraient au-delà du supportable et que les poissons y disparaissaient. Les chercheurs du Centre océanique Helmholtz de Kiel en Allemagne, en liaison avec des dizaines d’autres organismes, viennent d’apporter leur contribution à un état des lieux aussi inquiétant que négligé : les mers, toutes les mers, manquent d’oxygène. Andréas Oschlies, qui pilote l’équipe internationale qui a sillonné toutes les zones maritimes du monde pour effectuer les mesures conduisant à ce grave constant, explique :

Nous avons été surpris par l’intensité des changements constatés, par la vitesse avec laquelle la teneur en oxygène baisse et à quel point cela remet en cause les écosystèmes marins. Il s’agit d’un état d’urgence.

Des disparitions totales

Ces lanceurs d’alerte racontent qu’ils n’ont pas été surpris de la baisse de la teneur en oxygène, mais de son ampleur. Celle-ci les incite à en avertir toute les instances politiques en même temps que la communauté scientifique. Car dans des espaces maritimes tropicaux, cette teneur a déjà diminué de 40 % au cours des dernières décennies. Une situation qui perturbe toute la faune marine, qu’il s’agisse de petites ou de grandes espèces.

Les conséquences sont multiples : expositions à de nouveaux prédateurs, migration, perte de ressources alimentaires et donc à terme disparition de nombreuses espèces déjà menacées par les autres dangers. Avec un bouleversement des périodes et lieux de pêche : encore moins de poissons et un changement des zones poissonneuses. Sans oublier la disparition totale des espèces qui n’auront pas de refuges « vivables ». Les chercheurs de Kiel ont rapproché leurs constats de toutes les études menées sur l’état des mers, qui confirment l’importance de la transformation en cours et qui concernent aussi des zones maritimes longtemps épargnées par les changements.

Déjà des zones mortes

Explication du phénomène qui semble pour l’instant à la fois sans remède et inéluctable : les mécanismes du réchauffement climatique et les vagues de chaleur qui se multiplient. Car plus la mer est « chaude » moins elle peut absorber d’oxygène. Un principe élémentaire de la physique. La fonte plus importante et plus rapide des banquises polaires entraine la création sur des millions de kilomètres carrés d’une couche d’eau salée de surface plus froide qui bloque ou gêne les échanges gazeux aux dépends de l’oxygène. De plus, l’apport, par les cours d’eau, de quantités énormes de sédiments contenant des nitrates et de nombreux engrais, dopent les algues et herbiers, qui se développent en bouffant encore plus d’oxygène.

Les espaces accueillant de nombreux poissons et des crustacés se réduisent donc rapidement. Les scientifiques se sont également rendu compte que leurs facultés de reproduction étaient en régression rapide. Toutes ces études en cours sur la « qualité » des mers et sur les phénomènes qui s’accumulent sur sa « fertilité » renforcent les inquiétudes concernant la surpêche. Elle existe, évidemment, mais dans quelques dizaines d’années, si le réchauffement se poursuit, il n’y aura tout simplement plus rien à pêcher. Sauf des méduses qui ne paraissent pas gênées par la baisse rapide des teneurs en oxygène des eaux, même celle qui sont les plus froides. En témoignent les « zones mortes » déjà identifiées dans le golfe du Mexique, au large de la Floride et de la Californie, mais aussi au large des côtes chinoises.

Écologie
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