Les mammifères marins décimés par un virus

Des scientifiques ont étudié une mystérieuse maladie qui fait des ravages parmi les populations de morses, phoques, dauphins et autres baleines dans l’hémisphère Nord. Une conséquence du réchauffement climatique.

Claude-Marie Vadrot  • 18 novembre 2019
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Les mammifères marins décimés par un virus
© Roger Eritja / Biosphoto / AFP

D’après le docteur vétérinaire Tracey Goldstein et son équipe spécialisée de l’Université de Californie, les mammifères marins sont menacés de disparition dans l’hémisphère nord de la planète. Etudiés depuis 2002 par un groupe de scientifiques, ils apparaissent de plus en plus fréquemment atteints par un virus qui ne pardonne pas : le morbillivirus ; une variante de la maladie de Carré dont on sait, par exemple, à quel point elle est mortelle pour les jeunes chiens et ne peut pas se soigner. Ce morbillivirus est pathogène et surtout contagieux pour les espèces de pinnipèdes, en particulier les phoques, les otaries ou les lions de mer. Les signes cliniques comprennent une respiration difficile, de la fièvre et des symptômes nerveux. Une maladie mortelle qui se communique également à d’autres mammifères marins, notamment les dauphins et certaines espèces de baleines. Chez les phoques et les otaries, il y aurait déjà des dizaines de milliers de morts. Rien ne semble pouvoir mettre un terme à cette mortalité.

Ce travail de recherche, publié sur le site de la revue Nature, attribue cette épidémie au réchauffement climatique. Car il met de plus en plus en contact des animaux marins qui migrent depuis des espaces maritimes plus chauds, dans lesquels se développent des algues toxiques, vers le Nord. Ils ont également constaté que la maladie passe dans une phase active à chaque fois que les banquises se rétractent ou fondent dans l’Atlantique Nord et au large du nord de la Russie. Un indice du réchauffement arctique qui est largement supérieur à la moyenne de la montée des températures de la planète. Un argument qui remet en cause l’ouverture de plus en plus permanente des passages de navires au nord de la Russie, nouveauté susceptible d’aider à la propagation de la maladie. Celle là et d’autres encore ignorées.

Une transmission à l’homme envisagée

Les chercheurs, au bout d’une quinzaine d’années d’observations affirment que le virus incriminé est proche de celui de la rougeole et bien que la transmission aux êtres humains soit pour l’instant exclue, il est désormais possible de l’envisager, notamment à cause des tiques qui infectent de plus en plus ces mammifères marins et contribuent à la propagation de nombreuses maladies.

Les décès inexpliqués des dauphins et des baleines, que l’on retrouve sur les plages du continent américain, en Asie et le long des côtes européennes, se multiplient, transformant régulièrement des rivages en cimetières marins. Ces hécatombes sont dues à la progression silencieuse de maladies encore inconnues : elles sont activées par le réchauffement des mers liés aux changements climatiques qui, avec les pollutions et les déchets plastiques, transforment de grandes étendues de mer en bouillon de culture. D’où la catastrophe virale qui décime les phoques et un nombre grandissant de mammifères marins, certains voués à une raréfaction ou à la disparition.

Écologie
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