« Face à la pénurie, les masques en tissu, c’est mieux que rien »

Aujourd’hui dans #lesdéconfinés, Julie, couturière en Gironde. Son atelier étant fermé, elle confectionne des masques en tissu pour celles et ceux qui en manquent.

Vanina Delmas  • 5 avril 2020
Partager :
« Face à la pénurie, les masques en tissu, c’est mieux que rien »
© Photo d'illustration / DR

Un jour, une infirmière m’a contactée en me disant qu’elle n’avait plus de stock de masques, et qu’elle avait vu sur Internet un patron élaboré par le CHU de Grenoble. Elle voulait savoir si je pouvais lui confectionner quelques masques en tissu.

#Lesdéconfinés, une série de témoignages sur le travail et les nouvelles solidarités pendant le confinement. Nous cherchons des témoignages de personnes qui ne vivent pas leur confinement comme tout le monde. Si vous êtes obligés de sortir pour travailler ou si vous devez sortir pour créer de nouvelles solidarités (association, voisinage), racontez-nous votre expérience et envoyez-nous un mail.
J’ai fait un premier prototype que j’ai légèrement modifié afin qu’il soit le plus couvrant et efficace possible. Puis tout s’est enchaîné : j’ai reçu des demandes d’autres aides-soignantes, d’infirmières, de vétérinaires, de l’hôpital de Cadillac, de l’Ehpad de Bordeaux… Puis de toute la France !

 Je ne pouvais pas tout réaliser seule alors j’ai contacté les couturières autour de chez moi. Puis j’ai créé le groupe sur Facebook Les petits masques solidaires pour former un vrai réseau national afin que l’offre et la demande en masques se rejoignent. Nous essayons aussi d’aider la Polynésie et d’autres îles des DOM-TOM. Une carte interactive est mise à jour régulièrement concernant les besoins en masques, les couturières disponibles, les dons et les points de collecte.

La question de la matière première est cruciale : un fichier des fournitures autorisées ou non permet d’encadrer tout ça. Et pour faire face à l’épuisement des stocks, nous sollicitons les supermarchés que nous équipons aussi en masques. Ils nous donnent de l’élastique venant de leur rayon mercerie ainsi que des draps en polyester car c’est cette matière qui joue le rôle de barrière filtre, entre les deux couches de coton.

Je suis attentive à diffuser les protocoles d’hygiène à toutes celles et ceux qui manipulent les masques. Autant les professionnels de santé savent que c’est un masque en tissu qui ne dure que 3-4 heures, qu’il faut se laver les mains, que ce n’est qu’une première barrière qui ne protège en aucun cas du Covid-19… Autant les autres personnes comme les boulangers, les personnes en contact avec les enfants, ou les caissières ne les connaissent pas forcément et peuvent transmettre le virus sans le savoir en ne respectant pas les règles d’usage.

Même si ce prototype de masque provient de l’hôpital de Grenoble, il n’est pas encore homologué. Il faut rappeler qu’il ne remplace pas ceux des catégories 2 et 3. J’en ai beaucoup discuté avec des médecins, des infirmières, des pneumologues, et la plupart reconnaissent que face à la pénurie, c’est mieux que rien…

Les hôpitaux psy, les Ehpad, les pharmacies ne sont pas considérés comme prioritaires pour recevoir de vrais masques FFP2. À l’hôpital de Tarbes par exemple, les étages consacrés aux patients atteint par le Covid-19 sont protégés mais pas les autres ! Mes parents travaillent dans le milieu hospitalier, ma sœur dans un Ehpad et ils n’ont pas de masques. C’est incompréhensible alors j’ai agi avec mon savoir-faire.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie
Exclusif 3 avril 2026 abonné·es

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie

Politis révèle pourquoi le gouvernement veut dissoudre Génération EDR. Le collectif antiraciste est accusé de liens avec l’organisation antifasciste la Jeune Garde, dissoute. Les militants de Génération EDR dénoncent une répression de l’antiracisme.
Par Pauline Migevant et Hugo Boursier
Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël

Actuellement en détention provisoire, Ali s’est vu retirer son statut de réfugié en février 2025. Une procédure faisant suite à une note blanche de la DGSI transmise à l’Ofpra, et qui aurait été alimentée par les autorités israéliennes.
Par Pauline Migevant
« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »
Entretien 1 avril 2026

« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »

Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse française. Xavier Renault, psychologue clinicien et expert judiciaire, se penche sur l’attrait exercé par l’État islamique.
Par Céline Martelet
Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée

À l’instar de Peter Chérif, condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre Charlie Hebdo, plusieurs figures du terrorisme français ont violé, agressé, humilié des femmes. La justice commence à s’emparer de ces affaires.
Par Céline Martelet