Aux frontières de la France : terre d’écueil

Créé par la loi Quilès, le régime juridique de la zone d’attente a 30 ans. Les candidats à l’asile qui s’y trouvent y voient souvent leurs droits bafoués.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 18 mai 2022 abonné·es
Aux frontières de la France : terre d’écueil
© FREDERIC SCHEIBER/Hans Lucas/AFP
Zone d’attente de l’aéroport de Paris-Orly, le 22 avril. Entravé et sous escorte, un jeune Camerounais de 29 ans est refoulé en direction d’Athènes après dix-sept jours d’enfermement aux frontières. Il n’a pas été autorisé à entrer sur le territoire français pour y déposer une demande d’asile, comme il l’avait prévu. Lorsque nous le rencontrons, le 14 avril, il dit qu’il est « comme en prison », qu’il ne sait « plus quoi faire pour en sortir ». Il se sent mal, il est angoissé, il n’arrive presque plus à manger. Le jeune homme ne le sait pas encore mais, quelques jours plus tard, tous ses recours légaux auront échoué et il sera refoulé. Dans l’avion, il sera sédaté et isolé des autres passager·ères. Sans doute pour éviter qu’il fasse un « scandale » et empêche l’avion de décoller. Laure Palun, la directrice de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), l’observe chaque jour : « Les conséquences de l’enfermement » et « de toutes les violations des droits qu’il entraîne » sont souvent « difficiles à expliquer et à percevoir ». Retour en 1992, il y a tout juste trente ans. La loi Quilès – maintes fois amendée depuis – esquisse les premiers contours du cadre légal de l’enfermement aux frontières en créant le régime juridique de la zone d’attente (ZA). Toutes les personnes étrangères se voyant refuser l’accès au territoire français peuvent y être maintenues pour une durée maximale de 26 jours. Soit parce qu’elles ne remplissent pas les conditions d’entrée (1), soit parce qu’elles sont en transit interrompu, soit parce qu’elles souhaitent demander l’asile à la frontière. En France, il existe 97 zones d’attente : dans les ports, les gares ou les aéroports internationaux, elles se matérialisent entre les points d’embarquement ou de débarquement des passager·ères et les postes de contrôle de la police aux frontières (PAF). Coincé sur un bout de terminal, comme à Strasbourg, ou dans les sous-sols dégradés du poste de police de l’aéroport de Marseille, aucun lieu d’hébergement de ZA ne ressemble à un autre. Tous, cependant, doivent répondre à une obligation légale : dispenser des « prestations de type hôtelier ». Ce qui est loin d’être le cas. Dans ces espaces relevant de la zone internationale, certains droits sont garantis aux personnes non admises : le droit de consulter un médecin, un avocat, ou
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Déconstruire le duel des « deux France »
Anlayse 30 janvier 2026 abonné·es

Déconstruire le duel des « deux France »

Le territoire français est souvent décrit comme fragmenté par des différences sociales et géographiques perçues comme des fractures irréconciliables. Entre simplifications médiatiques et stratégies politiques, ces représentations alimentent un clientélisme électoral, au détriment des populations concernées.
Par Kamélia Ouaïssa
« Les évangéliques étaient très disposés à embrasser un personnage comme Trump »
Entretien 29 janvier 2026

« Les évangéliques étaient très disposés à embrasser un personnage comme Trump »

Chercheur spécialiste de la droite chrétienne américaine, Joan Stavo-Debauge met en perspective l’histoire de la droite chrétienne religieuse avec l’action de Donald Trump.
Par Hugo Boursier
« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »
Rassemblement 28 janvier 2026 abonné·es

« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »

Fondé en mai par le député de Paris Pouria Amirshahi (apparenté Écologiste et social), le mouvement La Digue s’emploie à constituer un front transpartisan contre le mouvement fascisant emmené par Donald Trump. En appelant à un rassemblement, soutenu par la Ligue des droits de l’Homme, « en solidarité avec le peuple américain », sous le coup de la répression de la police de l’immigration, ce mercredi, à Paris.
Par Olivier Doubre
« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »
Entretien 27 janvier 2026 abonné·es

« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »

L’anthropologue Clara Lecadet décrit comment les personnes expulsées de France ou d’Europe s’organisent pour donner une visibilité politique à leur situation dans l’espace public de leur pays d’origine ou de renvoi.
Par Pauline Migevant