Courrier des lecteurs Politis 1016
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À propos du Caucase une lettre de Bernard Dréano
L’édito du n° 1015 de Politis (28 août) présente les États-Unis comme deus ex machina de la crise géorgienne, et Mikheïl Saakachvili, instrument de « la main de Washington » jouant « le même rôle que feu Milosevic au Kosovo ». Cette interprétation ne correspond que très partiellement à la réalité et risque d’empêcher de comprendre les mécanismes du conflit et les conditions de sa résolution. Bien entendu, les États-Unis mènent une politique impérialiste hostile à la Russie, et l’administration Bush considère la Géorgie comme un pion stratégique vis-à-vis du Nord (Russie), mais aussi du Sud (Iran-Irak). Les Américains et les Européens veulent contrôler la production du gaz et du pétrole de l’Asie centrale et de la Caspienne, et son acheminement hors du contrôle russe. Les allégations de Vladimir Poutine concernant une provocation visant « à favoriser l’un des candidats à l’élection américaine » ont peut-être un fondement…
Mais Poutine cherche surtout à exonérer la Russie de sa responsabilité, hier comme aujourd’hui. Le bourreau des Tchétchènes n’est le sauveur des petits peuples du Caucase que quand ça l’arrange. Il ne parle pas d’ailleurs d’autodétermination de l’Ossétie du Nord… Surtout, l’État russe porte une énorme responsabilité dans les origines de ce conflit, quand, en 1991-1993, pendant la guerre civile en Géorgie, les forces armées russes ont soutenu (et même porté à bout de bras) les séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, et contribué à la brutale purification ethnique de l’Abkhazie (la moitié de la population expulsée d’un territoire où les Abkhazes proprement dits ne représentaient que 17 %). Par la suite, le Kremlin a toujours refusé le retour des habitants et les plans de paix internationaux, tout en profitant d’un mandat « d’interposition » militaire lui permettant de peser sur l’indépendance géorgienne.
Quand il a attaqué l’Ossétie du Sud, Saakachvili agissait-il sur ordre pour aider McCain, ou pour lui-même ? Le retrait de la menace russe, qui passe depuis 1993 par la réintégration, sous une forme ou sous une autre, de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, est un
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