« Un sentiment de supériorité de la part de l’Europe »

Professeur d’histoire à l’université
de Chicago, Jennifer Pitts montre comment le colonialisme fut un pan longtemps ignoré
de la pensée libérale.

Olivier Doubre  • 9 octobre 2008 abonné·es

Ma première question sera un peu personnelle. Le fait que vous soyez américaine a-t-il un lien avec votre travail sur les positions des grands penseurs du libéralisme par rapport aux projets coloniaux de la France et de l’Angleterre ?

Jennifer Pitts : Sans aucun doute, même si, lorsque j’ai commencé à travailler sur ce livre, vers 1996, il était encore rare de parler d’« empire » à propos des États-Unis, à part sous la plume de certains critiques très engagés à gauche. C’est seulement à partir des années Bush que c’est devenu plus fréquent. Je m’interrogeais, pour ma part, sur la manière dont les États puissants utilisent leur puissance à l’extérieur de leurs frontières, et comment ils l’ont justifiée au cours de l’histoire, en particulier les grands penseurs du libéralisme. Mon intérêt était d’abord historique, mais le fait que je vive dans ce que l’on considère comme la « superpuissance » mondiale a certainement eu son importance. En outre, à ce moment-là, les études post-­coloniales connaissaient un grand essor. Il y avait donc aussi un intérêt, disons « académique », à s’intéresser aux racines intellectuelles de l’impérialisme européen, même si je ne considère pas ce travail comme relevant du champ des postcolonial studies, bien qu’il ait bénéficié de l’apport

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »
Entretien 17 septembre 2026 abonné·es

« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »

Dans La Sommation technologique, l’essayiste et sociologue Irénée Régnauld analyse le terreau « technofasciste » en France et invite la gauche à s’emparer du « paradoxe numérique ».
Par Thomas Lefèvre
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi
Faut-il abolir la minorité d’âge ?
Idées 10 septembre 2026 abonné·es

Faut-il abolir la minorité d’âge ?

Alors que le nombre des violences infligées aux enfants demeure dramatiquement élevé, il semble pertinent de revoir le statut juridique des moins de 18 ans et de donner davantage de pouvoir aux plus jeunes. La notion d’enfantisme nourrit le débat.
Par Elsa Gambin
« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »
Entretien 9 septembre 2026 abonné·es

« Le Rassemblement national souhaite déligitimer la Constitution »

Le RN a réinjecté dans le débat public sa proposition visant à « sanctionner » le port du voile. S’est ensuivi un débat sur l’inconstitutionnalité de cette mesure, quitte à en éluder le caractère raciste. Mais peut-on compter sur nos institutions pour garantir droits et libertés ? L’analyse de Stéphanie Hennette Vauchez, professeure de droit public.
Par Pauline Migevant