« Un sentiment de supériorité de la part de l’Europe »

Professeur d’histoire à l’université
de Chicago, Jennifer Pitts montre comment le colonialisme fut un pan longtemps ignoré
de la pensée libérale.

Olivier Doubre  • 9 octobre 2008 abonné·es

Ma première question sera un peu personnelle. Le fait que vous soyez américaine a-t-il un lien avec votre travail sur les positions des grands penseurs du libéralisme par rapport aux projets coloniaux de la France et de l’Angleterre ?

Jennifer Pitts : Sans aucun doute, même si, lorsque j’ai commencé à travailler sur ce livre, vers 1996, il était encore rare de parler d’« empire » à propos des États-Unis, à part sous la plume de certains critiques très engagés à gauche. C’est seulement à partir des années Bush que c’est devenu plus fréquent. Je m’interrogeais, pour ma part, sur la manière dont les États puissants utilisent leur puissance à l’extérieur de leurs frontières, et comment ils l’ont justifiée au cours de l’histoire, en particulier les grands penseurs du libéralisme. Mon intérêt était d’abord historique, mais le fait que je vive dans ce que l’on considère comme la « superpuissance » mondiale a certainement eu son importance. En outre, à ce moment-là, les études post-­coloniales connaissaient un grand essor. Il y avait donc aussi un intérêt, disons « académique », à s’intéresser aux racines intellectuelles de l’impérialisme européen, même si je ne considère pas ce travail comme relevant du champ des postcolonial studies, bien qu’il ait bénéficié de l’apport

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