Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.

Olivier Doubre  • 22 avril 2026 abonné·es
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Vendredi 17 avril 2026, aux abords de la gare de l’Est à Paris.
© Maxime Sirvins

Pour réaliser cet entretien, vous m’avez indiqué devoir rester prudente concernant vos déplacements. Craignez-vous encore quelque chose ? Même en France ?

Pinar Selek : Non, pas totalement. Je dirais juste que, comme je continue à intervenir par mes livres et mes recherches sur des sujets qui constituent certaines lignes rouges de la politique turque, je dérange souvent et je reçois beaucoup de réactions – de tout type, d’ailleurs. Mais disons que cela m’oblige parfois à prendre quelques mesures pour ma sécurité.

Votre livre raconte votre prise de conscience et votre intérêt progressif pour la situation des Kurdes en Turquie. Vous êtes alors une étudiante turque, citadine d’Istanbul, issue de la classe moyenne de gauche plutôt aisée, votre père ayant été un grand avocat engagé, défenseur des droits humains, lui-même emprisonné pendant cinq ans. Vous connaissiez très mal la situation des Kurdes, en fait.

Plusieurs facteurs m’ont conduite à travailler sur cette question, parmi d’autres. Il y a eu d’abord la prise de conscience de la présence d’Arméniens en Turquie et de la mémoire du génocide de 1915 – toujours nié un siècle plus tard par le pouvoir turc. Je savais que le génocide avait eu lieu car on en parlait dans ma famille, mais je pensais confusément que cela s’était produit il y a très longtemps.

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