Kerity

Ingrid Merckx  • 10 décembre 2009
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L’extraordinaire pouvoir de la lecture. C’est de ce thème, mythique depuis l’Histoire sans fin , que se nourrit Kerity, la maison des contes, en reprenant l’idée du héros lecteur qui sauve le monde imaginaire du néant par la force de ses mots. Sauf que, dans Kerity , Natanaël ne sait pas lire. Pas encore : âgé de 7 ans, il arrive dans la maison en bord de mer de sa défunte tante tendu par l’année scolaire qui vient de s’achever. S’il sait l’alphabet, les mots « restent coincés dans sa gorge » . Ce qui lui vaut l’inquiétude de ses parents (falots, pas à la hauteur du reste du film) et les moqueries de sa sœur. Sans compter une tuile : sa tante lui a légué les clés de sa bibliothèque, un présent bien encombrant, même s’il sait tous ses héros par cœur.
L’illustratrice Rébecca Dautremer a choisi trois options intéressantes. Prendre de la distance avec la silhouette walt-disneyenne des personnages de contes ; Alice, Peter Pan, la fée Carabosse et consort renouant ici joliment avec une allure de vieil album illustré. Donner une aura magique à cette bibliothèque garnie d’éditions originales considérées comme des trésors vivants. Et imprégner les décors de l’environnement marin, teintes et traits tirant vers le sable et le vent. Kerity charme aussi par sa manière de travailler les changements de dimension : passage de la taille réelle au mode lilliputien, où les éléments crabe, château de sable, douille de lampe ou cerf-volant prennent une ampleur très romanesque ; et passage du monde extérieur au monde intérieur de Natanaël, dont l’univers angoissé, où tourbillonnent des lettres perdues dans des vagues grises et renversantes, est particulièrement éloquent.

En salle le 16 décembre.
Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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