Querelles dans la nuit

« Bal-Trap » met deux couples face à la vérité des sentiments.

Gilles Costaz  • 6 mai 2010 abonné·es

Devenu cinéaste, Xavier Durringer n’a jamais totalement quitté le théâtre. De toute façon, ses pièces passionnent toujours les jeunes compagnies, comme ce Bal-Trap présenté au Guichet-Montparnasse. Petite musique de nuit ou cacophonie d’avant l’aube ? C’est l’un et l’autre. Au sortir d’un bal, à l’heure où dorment les gens raisonnables, un couple qui craque et un duo qui va naître se balancent leurs vérités en haussant le ton. Mais, sous la crudité des mots et la griserie du combat verbal, il y a une soif désespérée d’amour et une douceur qui a peur d’être mise à nu. Eve Weiss a d’ailleurs conçu une mise en scène plus harmonieuse que chaotique en faisant intervenir constamment un violoniste, Séverin Dupouy, et en donnant aux sentiments leur pleine présence sinueuse.
D’un côté, il y a un ménage jeune mais fatigué où la femme semble intrai­table face à un partenaire trop lunaire : Caroline Rivet campe la jeune femme radicale en exploitant bien le sens trop affirmé de l’âge adulte qu’affichent les êtres en manque de fantaisie ; Laurent Collard dessine une passion où une apparente légèreté sociale n’est pas contraire à l’absolu d’un amour fou. De l’autre côté, il y a un passant qui drague sans vergogne et une inconnue qui fulmine contre les hommes et surtout contre celui qui ne vient pas au rendez-vous donné : Christophe Petit manie en beauté la désinvolture et l’humour, Letti Laubiés sait être tantôt tranchante, tantôt friable. Ils jouent tous sur le fil du rasoir.

Culture
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