Affaire DSK : Osez le féminisme dénonce les « idées reçues » sur le viol

Dans le torrent de réactions ayant suivi l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn, l'association Osez le féminisme dénonce des déclarations « dangereuses » et de nombreuses « idées reçues » . Explications.

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Dominique Strauss-Kahn, en détention provisoire et en attente de jugement, est présumé innocent. Tout le monde s'accorde à le dire, même si la tornade médiatique et politique provoquée par son interpellation, dans la nuit de samedi à dimanche, écorne forcément l'image de DSK.

Les réactions de la classe politique française se sont multipliées après la diffusion des images d'un Strauss-Kahn fatigué, menotté, devant le tribunal de Manhattan à New York, lundi soir. Une image d'une « cruauté insoutenable » , pour Manuel Valls, « beaucoup plus violente pour le directeur du FMI que pour un quidam » , d'après Eva Joly. Une image qui «  fait horreur et suscite l’écœurement » pour Jack Lang, qui « porte atteinte à la dignité humaine » , pour Élisabeth Guigou.

Dans le même temps, la plaignante n'a pas eu droit à la même compassion. La jeune « accusatrice "sans histoire" » , d'après Libération , doit d'abord subir la publication dans les médias des faits détaillés reprochés à Dominique Strauss-Kahn. Son portrait est par ailleurs dépeint dans la presse de façon de plus en plus précise et des photos commencent à circuler. Ajouté à une « déferlante de blagues sexistes » sur la toile, le traitement médiatique de l'affaire illustre bien, pour l'association Osez le féminisme, « à quel point les violences faites aux femmes sont encore minorées dans l'imaginaire collectif ». « Il s'agit d'une affaire très grave si les faits sont avérés ; il faut garder beaucoup de retenue » , estime Noémie Oswalt, militante à Osez le féminisme.

Parole discréditée

Dès l'annonce de l'arrestation, des soupçons de complot étaient publiquement exprimés dans les médias. « Condamner [DSK] sans savoir est grave, estimait mardi Osez le féminisme dans un communiqué, mais jeter le soupçon sur les propos de la plaignante est également grave et dangereux. Grave car c'est ajouter à la souffrance de cette femme. Dangereux car c'est un signal clair aux victimes présentes et futures qu’il est risqué porter plainte. » En France, selon l'association, 10 % seulement des 75 000 victimes de viol chaque année osent porter plainte. La culpabilité, la honte et la peur restent une barrière difficile à percer. « Le viol est lié à un phénomène de domination , explique Noémie Oswalt. Les personnes victimes ont d'énormes difficultés à en parler, même à leurs proches » .

Des analyses ont également fleuri, comparant la réaction des Français et des Américains dans les « histoires de mœurs » . Les Français, prétendument moins exigeants sur les « frasques de leurs hommes politiques » , se trouveraient confrontés au puritanisme américain. « On assiste à une confusion grave entre liberté sexuelle et violences sexuelles » , estime Osez le féminisme dans son communiqué.

Idées reçues

Parmi les proches du directeur du FMI, beaucoup s'étonnent d'accusations qui seraient contraires au « profil » de DSK. « Je ne crois pas une seule seconde aux accusations qui sont portées contre mon mari pour agression sexuelle, je ne doute pas que son innocence soit établie » , tranchait d'entrée Anne Sinclair, compagne de DSK, quelques heures après la nouvelle. « Je n'imagine pas Dominique Strauss Kahn forcer les choses » , estime aussi Pierre Moscovici. Des prises de paroles « qui entretiennent de nombreuses idées reçues autour des violences faites aux femmes » , s'insurge Osez le féminisme, en rappelant qu'il n'existe évidemment pas de profil-type d'auteur d'agression sexuelle.

Un autre élément de la défense du directeur du FMI fait bondir l'association : l'aspect prétendument « très peu séduisant » de la plaignante, comme l'auraient formulé les avocats de DSK, d'après les médias américains présents à l'audience. Ces réactions « révèlent , pour Osez le féminisme, une méconnaissance totale du viol comme phénomène de société ». « Dans huit viols sur dix en France, le violeur est connu de la victime, c'est un membre de la famille ou un collègue de travail , rappelle Noémie Oswalt, militante à Osez le féminisme. On est loin de l'idée reçue selon laquelle les viols ont lieu dans un coin sombre et mal famé, où des femmes au physique avantageux se font agresser. » Des idées reçues qui, ajoutées à la honte et à la culpabilité pour les victimes, alourdissent encore la « chape de plomb » qui entoure toujours le viol en France.


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Photo : AFP / Joel Saget

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