Front de gauche : Billard et Delapierre battus

Reportage sur le terrain, dans la 5e circonscription de Paris et la 10e de l’Essonne, où les candidats du Front de gauche ont été éliminés.

Olivier Doubre  et  Pauline Graulle  • 11 juin 2012
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Front de gauche : Billard et Delapierre battus

Amère soirée chez Martine Billard

Dans le petit local de campagne du Front de gauche situé dans le 3è arrondissement de Paris, à deux pas de la place de la République, Martine Billard pense d’abord à Jean-Luc Mélenchon. Comme la plupart des militants présents, devant l’écran de télévision, sa déception est d’abord pour le président du Parti de Gauche (PG), derrière le PS à Hénin-Beaumont, contraint de laisser la place par « discipline républicaine » . Point de duel avec Marine Le Pen donc. Candidate dans la 5è circonscription de Paris – redécoupée par la droite, coiffant désormais les 3è et 10è arrondissements –, Martine Billard, avec 13,01 % des voix, peine à égaler le score du leader du Front de gauche il y a cinq semaines au premier tour de la présidentielle (13,46 %). Toutefois, dans ces deux arrondissements franchement à gauche, dont elle n’est la députée sortante que du 3è, la co-présidente du PG considère avoir « fait une campagne écolo-sociale » : « si on est passée devant EELV [qui a souvent fait ici parmi ses meilleurs scores de France, ndlr], c’est qu’on a réussi à convaincre une partie de l’électorat écolo de voter vraiment à gauche, plus à gauche ». L’abstention a sans aucun doute également pesé aussi dans ce résultat, mais Anne Souyris, la candidate des Verts, avec 8,60 %, est loin derrière son ancienne camarade de parti.

Plusieurs très jeunes adhérents, à la fois pour leur âge que pour la date de leur carte au PG, sont sortis fumer. Tirant sur l’amertume de leur cigarette, ils « n’espéraient pas être au second tour », certes, mais séduits par la « vraie dynamique collective entre les différentes organisations du Front de gauche » au cours de la campagne, ils avaient rêvé d’un meilleur résultat. Toutefois, souligne Martine Billard, « s’il s’avère qu’on enregistre un vrai coup de pouce en faveur du PS au sein de l’électorat de gauche, les socialistes ici ont mené une campagne un peu nerveuse, un peu inquiète vis-à-vis de nous… » Non sans raison peut-être puisque, cette « dynamique collective » semble avoir entraîné – discrètement – un certain nombre de militants de longue date ou même d’élus locaux des Verts dans son sillage. Certains étaient même aperçus dimanche en fin de soirée chez Martine Billard…

_OD

…à Morsang, la « douche écossaise » de François Delapierre…

Mairie de Morsang-sur-Orge, 21 heures passées. Retranchés dans le bureau de la maire, Marjolaine Rauze, François Delapierre et ses proches restent les yeux rivés sur leurs téléphones portables. Les résultats du dépouillement des premiers bureaux de vote de la 10e circonscription de l’Essonne (qui regroupe Morsang, Sainte-Geneviève-des-Bois, Saint-Michel-sur-Orge, Fleury-Mérogis et Grigny) tombent au compte-gouttes. Et ils sont bons pour le candidat du Front de gauche. Surtout à Morsang. Une commune qui s’est droitisée ces dernières années, mais où l’on continue de voter pour la maire sortante « malgré » son étiquette PCF… Ici, le socialiste Malek Boutih et Delapierre sont au coude à coude : les premiers résultats donnent le premier à 24 %, le second à 22 %. C’est cinq points de plus qu’à la présidentielle pour le Front de gauche, remarque Delapierre qui se prend à imaginer un duel « républicain, démocratique, pacifique » entre les deux gauches au second tour…

Quelques instants plus tôt, une triste nouvelle est venue gâcher la fête : Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième à Hénin-Beaumont, derrière Marine Le Pen et le candidat PS… « C’est un peu la douche écossaise , lâche Delapierre. Je suis partagé entre l’excitation de ma campagne et la déception d’Hénin-Beaumont » . L’ancien directeur de campagne a échangé quelques textos avec « Jean-Luc » mais ne lui a toujours pas parlé de vive voix. Delapierre fait part de son « amertume » , qui attribue la défaite au PS – le déplacement de Jean-Marc Ayrault pour soutenir le socialiste Philippe Kemel lui reste en travers de la gorge.
Une interview à France Inter plus tard, les résultats continuent de tomber. Moins bons, cette fois. Si le Front de gauche a doublé ses voix depuis les législatives de 2007 à Sainte-Geneviève-des-Bois, les électeurs de cette municipalité dont le maire était un soutien affiché de Malek Boutih ont voté en masse pour le socialiste et la candidate de la droite, Marianne Duranton. Avec ses pourtant honorables 11 %, Delapierre arrive en quatrième position sur la commune, derrière le FN. L’écart est irrattrapable. C’est plié pour Delapierre qui, beau perdant, devra se contenter d’une troisième place sur la circonscription.

_PG

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