Ali Bongo à l’Elysée : la Françafrique c’est maintenant

La visite en France du président gabonais Ali Bongo met en doute la promesse électorale du chef de l’État de rompre avec la Françafrique. Les opposants et les militants des droits humains étaient réunis à Paris, jeudi 5 juillet. Reportage.

Erwan Manac'h  • 5 juillet 2012
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Ali Bongo à l’Elysée : la Françafrique c’est maintenant
Photo : AFP / Eric Feferberg

Il devait en finir avec les connivences antidémocratiques de la Françafrique. À peine installé dans sa fonction présidentielle, François Hollande reçoit pourtant un des chefs d’État africain les plus critiqués. Le président gabonais, Ali Bongo, qui a succédé à son père défunt dans un semblant d’élection en 2009, mène depuis une présidence décrite comme « autoritaire et corrompue ». **

Durant sa campagne, le candidat socialiste voulait faire de son élection « une bonne nouvelle pour les démocraties et une terrible nouvelle pour les dictatures » . Il estimait aussi, devant les caméras de Médiapart, que l’élection d’Ali Bongo « n’était pas dans les critères de ce qu’on peut appeler des élections démocratiques ».

Circonspectes, la société civile gabonaise et les associations françaises engagées contre la Françafrique se sont réunies, jeudi 5 juillet à quelques mètres d’un immeuble parisien appartenant à l’État gabonais. Un symbole des « biens mal acquis ». Devant les caméras, un porte-parole du mouvement Ça suffit comme ça, qui regroupe les opposants gabonais, décrit par le menu le bilan accablant d’un « homme infréquentable », issu d’une « oligarchie corrompue » : l’extrême pauvreté du peuple gabonais, la misère de son système de santé et de son éducation, la répression de l’opposition, la militarisation du pouvoir, le manque de légitimité d’un président « mal élu », etc. « Nous sommes venus protester contre cette politique de collaboration avec les régimes dictatoriaux, lance Georges Mpaga, qui a fait le déplacement depuis le Gabon. La France ne peut pas discuter, si ce n’est dire clairement son opposition. »

Les associations Survie, Sauvons les riches, Avaaz et Greenpeace préfèrent ironiser : « François Hollande sera d’une fermeté sans pareil à l’égard d’Ali Bongo, il va publier dans la journée un communiqué dans lequel il dénoncera les fraudes aux élections, les condamnations des opposants et mettra fin aux relations opaques et à la corruption. Cela va faire beaucoup de bruit » , prévient, goguenard, Manuel Domergue de Sauvons les riches. 

Dans son communiqué, publié jeudi en fin d’après-midi, l’Élysée passe en revue les thèmes de la discussion : développement économique, paix et sécurité du continent, francophonie, protection de l’environnement, gestion des forêts. Le court compte-rendu fait état d’un « dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, de lutte contre la corruption et de pluralisme démocratique » , sans apporter davantage de précisions.

Le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin, qui devait rencontrer Alpha Condé et Macky Sall en marge de leur rendez-vous à l’Élysée cette semaine, ne croisera pas Ali Bongo, selon les informations du journal Médiapart. « C’est bien gentil de faire de l’aide au développement, regrette Manuel Domergue, du collectif Sauvons les riches, *mais il faudrait que Pascal Canfin et Laurent Fabius arrivent à se connecter. »**

Poignée de main à l'Élysée entre François Hollande et Ali Bongo - Jeudi 5 juillet 2012

Monde
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