Rythmes scolaires : entre exaspération et perplexité

À Paris, la grève des enseignants et personnels de la ville a été très suivie mardi. Jeudi, le mouvement sera national. Avec forcément des approches différentes.

Ingrid Merckx  • 12 novembre 2013
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Rythmes scolaires : entre exaspération et perplexité
© Crédit photo: CITIZENSIDE/QUENTIN CALISTRI et ERIC CABANIS / AFP

« 93,5 % des villes sont sans difficultés » , a déclaré Vincent Peillon, le 8 novembre, à propos de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires. Paris fait donc partie de 6,5 % des villes très en difficulté. En effet, les personnels de la Ville de Paris et les enseignants sont en grève ce mardi 12 novembre. La mobilisation entraîne la suspension totale des activités périscolaires dans 520 écoles parisiennes sur 633, d’après la mairie. Dans 22 écoles, ces temps périscolaires ne sont qu’en partie assurés. Dans 41 écoles, certains temps périscolaires sont assurés et d’autres pas.

Jeudi 14 novembre, le mouvement sera national. Mais l’appel à la grève n’est pas unitaire : ce sont les fédérations départementales du Snuipp qui se mobilisent. Du côté des parents d’élèves, la FCPE rappelle son attachement à la semaine de 4,5 jours et demande aux adultes de s’adapter aux rythmes des enfants, et non l’inverse. Mais certaines sections de la FCPE ne se retrouveraient pas complètement dans le message national. Du côté des agents municipaux, c’est très divers en fonction des villes et de leur degré de syndicalisation.

À gauche, une crainte apparaît : avoir l’air de suivre la ligne de la droite en guerre contre la réforme. La pétition contre les rythmes scolaires que font circuler Valérie Pécresse et Jean-Michel Fourgous (UMP) a déjà recueilli plus de 10 000 signatures.

À Paris, 90 % du périscolaire fermé mardi

À Paris, les premiers à se mettre en grève ce mardi ont été les agents de la ville, répondant à l’appel du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (Supap-FSU), de la CGT et de l’Unsa.

« 90 % du périscolaire de l’extra-scolaire et du service de cantine étaient fermés aujourd’hui » , constate Benjamin Poiret du Supap-FSU à Paris. Il y avait eu une première grève chez les personnels municipaux et animateurs parisiens, dans le XXe arrondissement notamment, le 18 octobre. Mais cette grève est la première de cette ampleur contre la réforme des rythmes scolaires pour le personnel non-enseignant.

Entre les animateurs de la ville, les Asem, le personnel de cantine, le personnel de nettoyage, les administratifs, la direction des centres de loisirs et les personnels d’accompagnement, pas moins de sept organisations sont concernées, dont une non-représentée : SUD.

Les mots d’ordre divergent : certains souhaitent le report de la réforme, d’autres réclament une amélioration. C’est-à-dire, en premier lieu, d’améliorer le recrutement, la formation, les indemnités et le règlement des indemnités et, surtout, les problème de locaux. À Paris, de nombreux ateliers se tiennent dans des préaux mal adaptés ou dans les classes, parfois en présence des enseignants.

Cafouillages

« Des problèmes commencent à se résoudre, notamment autour des questions de sécurité , explique Benjamin Poiret. Et nous avons obtenu des primes, des avancements ou le règlement, par exemple, d’un service de 1,5 heure pour des ateliers d’arts plastiques qui réclament un temps de préparation et de rangement. Mais cette réforme s’est mise en place dans la précipitation et continue dans un sentiment de grand cafouillage. »

Un cafouillage que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a visiblement sous-estimé.

« La ville a recruté de nombreux vacataires. Dont une bonne part sans formation. Certains n’ont même pas passé le Bafa, qui est une formation minimum dans l’animation. Dans une école, on a vu débarquer à la rentrée une jeune fille de 17 ans pour accompagner des élèves en ateliers à l’extérieur. Elle n’avait ni formation, ni papier justifiant son embauche. Ils sont nombreux dans ce cas. Certains vacataires n’ont pas encore touché leurs indemnités. Les Asem qui ont accepté de se charger d’ateliers n’ont pas reçu de formation spécifique, et personne n’a prévu d’Asem pour s’occuper des enfants pendant les ateliers… animés par des Asem ! Toutes ces questions n’ont pas été clarifiées. »

Illustration - Rythmes scolaires : entre exaspération et perplexité

Les directives du ministre sur la sieste en maternelle…

Alors que la plupart des difficultés se concentrent en maternelle, classes pour lesquelles même la FCPE et les chronobiologistes expriment des réserves quant au passage à 4,5 jours, le ministère de l’Éducation nationale a déclaré, dans un communiqué du 12 novembre : « Les objectifs de la réforme sont particulièrement adaptés aux élèves de l’école maternelle, dont le respect des rythmes biologiques est essentiel pour faciliter les premiers apprentissages. »

En prévision des grèves de la semaine, il souhaite attirer l’attention sur les points suivants :

1.respecter une alternance équilibrée entre les temps d’activité et les temps calmes et de repos des enfants (sieste) ;
2.aider les enfants à se repérer dans les lieux de l’école et à identifier les adultes de l’école ;
3.organiser avec un soin particulier la transition entre le scolaire et le périscolaire :
4.adapter les activités aux besoins des jeunes enfants.

« Insuffisant » , réagit le Snuipp : « Alors que depuis plusieurs mois le ministre répète à l’envi qu’il n’est pas le « ministre du périscolaire », voilà qu’il donne ses recommandations aux mairies sans même consulter en amont les représentants des enseignants. » Surtout, d’après le syndicat, « le ministre ne répond donc pas au vrai problème » :

« D’abord parce que, bien souvent, la sieste n’est pas possible durant la pause méridienne faute de locaux et de personnels disponibles. Dans les écoles, les enseignants n’auront pas les moyens de faire vivre ces recommandations parce que, trop souvent, la mise en œuvre de la réforme en maternelle conduit à segmenter l’après-midi en deux temps, pris en charge dans un même lieu, par deux entités différentes, l’école et le secteur d’animation, aux missions et aux cultures différentes. Il y a là un facteur d’incompréhension et de perturbation pour les enfants et ce malgré toute l’attention portée par les enseignants et les autres personnels. »

Une « bombe » : un projet de modification du temps de service

En outre, le ministre aurait envoyé aux organisations syndicales un projet de décret modifiant les obligations de service des enseignants. « Une bombe » , assure SUD Éducation. Alors que les obligations réglementaires sont de 24 heures de classe par semaine pour les professeurs des écoles (PE), ce décret permettrait que « les heures d’enseignement accomplies au cours de l’année scolaire en dépassement des obligations de service hebdomadaire (…) donnent lieu, au cours de cette même année, à un temps de récupération égal au dépassement constaté. »

Commentaire de SUD Éducation : « C’est donc un début d’annualisation du temps de travail des PE qui serait engagé, et assurément une flexibilisation. » Laquelle sera pilotée par l’autorité académique.

Remise à plat ?

Concernant le fond de la réforme , les avis sont partagés : « Certains ateliers sont très bien : musique, et même équitation ! , commente Benjamin Poiret. Mais, ailleurs, c’est de « l’occupationnel ». De plus, on a changé les normes d’encadrement : on est passé de 1 adulte pour 8 maternelles et 12 primaires à un adulte pour 14 maternelles et 18 primaires. Comment faire de l’animation de qualité dans ces conditions ? »

Un établissement sur 8 proposerait des activités payantes , contre le principe de gratuité initial. Ici on prétend que la réforme va se mettre en place, là on estime que l’exaspération grimpe. Mais devant l’Assemblée, mardi 12 novembre, le ministre Vincent Peillon n’a pas semblé disposé à une remise à plat.

A lire : le dossier de Politis : Rythmes scolaires, le grand bricolage.

Société
Temps de lecture : 7 minutes
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