Chantons l’anarchisme !(À flux détendu)

Une compilation proposée par l’excellent label Frémeaux & Associés et intitulée l’Esprit anarchiste, 1820-1990.

Christophe Kantcheff  • 12 décembre 2013 abonné·es

Louis Zucca, dans un enregistrement de 1931, interprétant « le Soldat de Marsala » ; Aristide Bruant chantant « À Biribi » en 1911 ; Marianne Oswald, dans « le Jeu de massacre », le 13 mars 1934… Voilà quelques enregistrements, parmi beaucoup d’autres, que contient la compilation proposée par l’excellent label Frémeaux & Associés et intitulée l’Esprit anarchiste, 1820-1990. En 48 chansons, on revisite deux siècles de pensée insoumise, individualiste et généreuse, réfractaire à toutes les hiérarchies, dénonciatrice de l’exploitation de l’homme par l’homme, dont la guerre fait partie. Comme le dit le livret qui accompagne les 2 CD du coffret, « retracer l’histoire des chansons de la mouvance anarchiste  […], c’est parcourir en même temps l’histoire de la philosophie, l’histoire politique et sociale des sociétés contemporaines, celle des mœurs et des mentalités  […] et, à l’occasion, la rubrique des faits divers parfois spectaculaires liés à l’actualité ». Certes ! On peut aussi s’amuser à retrouver des chanteurs vedettes (Montand, Ferré, Brassens, Mouloudji…) à côté d’interprètes plus inattendus (Rosy Varte et Bob Wilson chantant Jarry, Raymond Souplex, l’homme des « Cinq Dernières Minutes », reprenant Eugène Pottier, l’auteur de « l’Internationale »). C’est aussi l’occasion de découvrir nombre d’interprètes du passé, aujourd’hui oubliés, qui ont enregistré les classiques de la chanson anarchiste, signés (Gustave Nadaud, Alexis Bouvier, Jules Jouy…) ou non (par mesure de sécurité). Parmi mes préférées, un joyau de 1886 intitulé « l’Expulsion des princes » (texte Maurice Mac-Nab, musique Camille Baron). Son superbe interprète, Trémolo des Deux-Ânes, pose notamment une question essentielle : « Pourquoi qu’i nagent dans les millions quand nous autres nous sommes dans la dèche ? » Avant d’exagérer un peu (mais si peu) son propos et de hausser sa voix : « En fait, que tout le monde soit expulsé, il restera plus que les anarchissstes ! » 

Culture
Temps de lecture : 2 minutes

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