« Des étoiles », de Dyana Gaye : promesse des étoiles

Dans Des étoiles, Dyana Gaye décrit l’éclatement d’une famille africaine entre Turin, New York et Dakar.

Christophe Kantcheff  • 29 janvier 2014
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Partie de chez elle, au Sénégal, Sophie (Marème Demba Ly) arrive à Turin, où son mari, Abdoulaye (Souleymane Seye N’Diaye), s’est exilé pour travailler. Mais Sophie cherche en vain son époux, qui, en réalité, a suivi un cousin à New York pour gagner davantage d’argent sur les chantiers. Tandis qu’à Dakar, Thierno (Ralph Amoussou) débarque à l’aéroport, accompagnant sa mère pour l’enterrement de son père, qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Des étoiles est le premier long métrage de Dyana Gaye. Son père, sénégalais, est arrivé en France dans les années 1970, où il a rencontré sa femme, une métisse franco-italo-malienne-sénégalaise. Elle-même est née à Paris. Bien sûr, la cinéaste a mis, dans Des étoiles, beaucoup d’elle-même et de ce qui la constitue, qui est loin d’être unique chez les Africains. Ceux-ci sont en effet souvent amenés à s’exiler, pour des raisons économiques ou à cause des heurts de l’histoire. Ils migrent vers les continents européen ou américain, plus riches et plus paisibles. De sorte que beaucoup d’Africains ont un rapport « mondialisé » au monde, si l’on peut dire, mais vécu dans le déracinement et l’éparpillement, même si, dans le ciel de la nuit, tous les Terriens voient les mêmes étoiles qui scintillent.

C’est bien de cet éclatement à travers la planète, de la famille notamment et de la perte des solidarités originelles, que Dyana Gaye a voulu donner une représentation. Elle a donc conçu son film comme un patchwork. Les séquences à Turin, New York et Dakar se juxtaposent, imposant chacune leur atmosphère, parfois en quelques plans seulement, toujours magnifiques. Sophie bénéficie de l’aide d’une association, en particulier d’une femme, Ada (Maya Sansa), qui lui ouvre sa maison pour qu’elle s’y installe le temps de pouvoir vivre sans dépendre de personne ; Abdoulaye peine à accepter l’appui d’autrui et s’enfonce dans la solitude new-yorkaise ; Thierno, lui, né et élevé aux États-Unis, découvre le Sénégal et fait la connaissance de ses deux demi-frères, dont il ignorait l’existence. Dyana Gaye déroule ainsi la chronique des rencontres heureuses et des incompréhensions suscitées par l’éloignement, avec le regard juste de qui ne juge personne. Serge Daney disait que le cinéma promettait le monde. Il semble que Des étoiles soit de ces films qui tiennent cette promesse.

**Des étoiles** , Dyana Gaye, 1 h 28
Cinéma
Temps de lecture : 2 minutes
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