Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.

Juliette Heinzlef  • 16 avril 2026 abonné·es
Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
© Maxime Sirvins

« L’université développe tous les dons de l’homme, entre autres la bêtise », disait Anton Tchekhov. Un événement, le 2 avril, a semblé donner raison à l’auteur russe. Ce jour-là, une conférence avait lieu à l’auditorium de l’université de Gand, en Belgique, animée par Nathan Cofnas. Ce philosophe américain n’est pas seulement spécialisé dans les liens entre éthique et biologie. Il est surtout le tenant de la pseudo-théorie d’une inégale répartition des gènes selon les populations, et partant de l’intelligence.

Recruté en janvier dernier, de nombreux universitaires se sont élevés contre sa nomination dès la mi-mars, jugeant ses travaux de « pseudo-scientifiques et incompatibles avec les valeurs de l'université ». Une fronde à laquelle la rectrice, Petra De Sutter, a mis fin en arguant que malgré des déclarations « préoccupantes » de l’universitaire, son projet de recherche respectait la liberté académique.

L’incident interroge plus largement sur la rémanence d’un racisme se parant des atours de l’objectivité scientifique. Le « chercheur » diplômé de l’université d’Oxford en est l’officier, lui qui prédit dans son blog : « Lorsque les élites accepteront le réalisme racial, nous pourrons construire un monde meilleur. » Élodie Edwards-Grossi, sociologue co-autrice du livre Le racisme scientifique et médical (PUF, 2026), explicite l’usage du terme « réalisme racial » : « Il renvoie à la fabrique et la diffusion de croyances en la matérialité inébranlable de la race, conçue comme une entité immuable, ancrée dans les corps. » Autrement dit, il s’agit d’une essentialisation de la race comme donnée fondamentale de l’identité.

En France, les récentes injures raciales à l’encontre du maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko en ont été l’expression dans la sphère publique. La formule de l’édile évoquant, après sa victoire, « la ville des rois » en référence à la basilique où sont enterrés les rois de France, a été déformée sur les réseaux en « ville des Noirs ». Une telle instrumentalisation  n’est pas anodine : le racisme biologique s’est toujours repu de l’idée de dégénérescence lié au métissage, comme les travaux du maître de conférences en histoire et philosophie des sciences Olivier Doron l’ont pointé, en montrant que « la race » est d’abord théorisée comme altération, déviation de l’identité d’origine.

Racisme « subtil »

En témoigne lorsque Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, avait été comparée à un singe qui « retrouve la banane » par l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, en 2013. Ou, bien plus récemment, lorsque Donald Trump publiait une vidéo IA du couple Obama en singes dansant dans la jungle.

L’image du primate constitue un

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