Mobilisation contre la folie des fermes-usines

Une ferme aux 1 000 vaches, un poulailler avec 300 000 poules, 4 500 cochons dans une même porcherie : plusieurs organisations alertent sur l’industrialisation tous azimuts des élevages.

Erwan Manac'h  • 7 janvier 2014
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Mobilisation contre la folie des fermes-usines
© Photo : PHILILPPE HUGUEN / AFP

Derrière l’exemple extrême de la « ferme aux 1 000 vaches » , étable géante qui sort de terre sur deux communes proches d’Abbeville, dans la Somme, c’est une tendance de fond que dénonce cette semaine une partie des organisations écologiques et agricoles.

L’industrialisation des élevages n’est pas un phénomène nouveau, mais « il s’accélère , témoigne Laurent Pinatel, porte-parole de la confédération paysanne :

« Les jeunes qui s’agrandissent obtiennent des droits de produire. On leur colle un emprunt sur le dos au nom de la modernisation des bâtiments. Ils se retrouvent contraints à toujours plus de productivité. Nous sommes en train de perdre le fil du métier de paysan ! »

C’est la fuite en avant productiviste. Les fermes-usines obligent les producteurs à se tourner vers un modèle axé sur l’exportation et font craindre d’importants risques sanitaires. Développement accéléré des maladies, recours massifs aux antibiotiques ou aux anti-inflammatoires, qui se retrouvent, une fois le lisier utilisé comme engrais, dans les sols. En faisant monter la pression sur le foncier, ces mastodontes de la production paysanne sont aussi des freins au développement d’une agriculture à échelle humaine.

Avec le début, ce mardi, des discussions à l’Assemblée du projet de loi d’avenir agricole, les associations de sauvegarde de l’environnement et de l’agriculture paysanne organisent une semaine d’action. Le texte de loi déposé par le ministre de l’Agriculture vise à moderniser la filière d’élevage et organise le développement de l’agroécologie. Mais il est insuffisant. Notamment pour préserver l’agriculture française de cette course au gigantisme, estime la Confédération paysanne, qui manifeste ce mardi après-midi aux côtés des associations de sauvegarde de la nature (L214 et AIVES notamment). Les députés écologistes ont déposé une série d’amendements pour renforcer le contrôle des mouvements fonciers et favoriser les méthaniseurs collectifs. Deux points qui permettraient de contrôler l’industrialisation des élevages.

Pour illustrer une tendance de fond, trois projets de fermes-usines sont mis à l’index dans le Nord de la France :

1000 vaches et 750 veaux et génisses à proximité d’Abbeville

Ce projet d’étable géante, porté par un entrepreneur des BTP très influent dans le Nord de la France, est devenu un symbole. Malgré l’opposition grandissante des riverains, une étable de 200 mètres de long est en passe de sortir de terre pour accueillir 1 000 vaches laitières en enclos.

Un méthaniseur occupera 2 700 hectares proches de la ferme. Il doit permettre de produire 1,5 mégawatt à partir du fumier et apporter 40 000 tonnes de résidus à épandre aux agriculteurs de 24 communes environnantes. Les locaux craignent pour la qualité de l’air et les infiltrations dans les nappes phréatiques. Le méthaniseur est situé à 600 mètres des premières habitations.

Lire > Non à la ferme aux mille vaches !      

Une photo aérienne montre la proximité du site avec des habitations. - claude dubois

4 500 porcs à Heuringhem

Le projet de porcherie industrielle est porté par un couple d’éleveurs déjà installé dans le village d’Heuringhem (Pas-de-Calais). La commune avait autorisé la construction, en émettant des réserves sur l’épandage du lisier prévu sur les communes alentours. Mais suite au recours déposé par 14 habitants d’Heuringhem et d’ Ecques, le tribunal administratif de Lille a suspendu l’exécution du permis de construire le 28 octobre 2013, en attendant de statuer sur le fond. 

300 000 poules à Doullens

Un projet de poulailler gigantesque a été rendu public en mai 2013 sur la commune de Doullens (Somme). Il vise la construction d’un élevage de type « œuf au sol », sans cage pour les poules, avec 9 poules au m2, et prévoit la valorisation de 6 000 tonnes de fientes dans un centre de compostage construit à côté du poulailler.

« Nous allons attaquer des marchés de type industriel » , expliquait Pascal Lemaire, gérant de la société Œufs Nord Europe initiatrice du projet, sur France 3 en juin 2013. Le gigantisme vise à limiter les coûts de production.

Écologie
Temps de lecture : 4 minutes
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