Godard, forever (« À flux détendu »)

Un livre comme je n’en avais pas lu depuis longtemps sur l’auteur du Mépris .

Christophe Kantcheff  • 7 mai 2015
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Godard, forever (« À flux détendu »)

C’est un exercice d’admiration. Une admiration amoureuse. Un livre comme je n’en avais pas lu depuis longtemps sur l’auteur du Mépris, qui, depuis quelques années, recueille des essais d’experts ou des biographies désincarnées, prenant ostensiblement leurs distances avec leur objet. Godard vif , d’Olivier Séguret (G3J éditeur, 127 p., 23 euros), est tout le contraire. L’ex-journaliste de Libération ne cache rien de son rapport vital, intime, presque organique avec le cinéma de Jean-Luc Godard, et le plaisir qu’il a de connaître l’homme, d’entretenir avec lui une relation, devenue amicale, depuis vingt ans. À ce titre, et Olivier Séguret serait sans doute étonné de se voir affublé de cet adjectif, il est un écrivain engagé. Intensément engagé dans le monde godardien, où tout est envisagé « sous l’idéal absolu du cinéma ». À partir de cette position assumée, Olivier Séguret signe un livre empathique et juste. Il lie son départ de Libération, dans le courant de l’année 2014, à son impossibilité d’écrire une nécrologie à froid de Godard, dont une rumeur, alors, dit qu’il est au plus mal. C’est « vif » qu’il souhaite que se maintienne l’ermite de Rolle. Le journaliste en rupture va le visiter là-bas, en Suisse, pour l’ « ausculter, écrit-il, avec mon stéthoscope sensoriel à moi ». Il saisit ainsi Jean-Luc Godard, corps et esprit exclusivement voués au cinéma, c’est-à-dire à la pensée scopique et poétique, sans cesse au travail, distillant sa malice ou hanté par la guerre, si peu misanthrope bien qu’abandonné par la société, qui ne le comprend plus. À ses côtés ou loin de lui, lui écrivant des lettres qu’il ne lui envoie pas, revisitant un plan, une image ou la portée d’un film, Olivier Séguret construit son « hom(m)e-cinéma ». Mais il ne le garde pas égoïstement pour lui. Avec ce livre, il l’offre en partage. Comme il le dit du cinéma de Godard : « Tout est là ; tout est bon à prendre ; prenez tout ! »

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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