Emmanuel Macron corrige Macron Emmanuel

En novembre il voyait dans la colonisation « des éléments de civilisation » ; il la perçoit désormais comme « un crime contre l’humanité ». Sans vraiment regretter ses propos d’avant…

Michel Soudais  • 15 février 2017
Partager :
Emmanuel Macron corrige Macron Emmanuel
© Photo : Michel Soudais

Adapter son discours à ses interlocuteurs du moment serait-il la recette du succès d’Emmanuel Macron ? L’ancien ministre de l’Économie a profité de sa visite en Algérie pour rectifier, lors d’un entretien à la chaîne de télévision Echorouk News, les propos qu’il avait tenus dans Le Point le 24 novembre. Interrogé sur « les pages les moins glorieuses de notre histoire », il avait alors déclaré :

Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.

© Politis

Je pense qu’il est inadmissible de faire la glorification de la colonisation. Certains, il y a plus de dix ans, ont voulu faire ça en France… Jamais vous ne m’entendrez tenir ce genre de propos. J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie ; je l’ai fait en France, c’est ce que je fais dans cette interview et je l’ai fait partout où je me suis déplacé. La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.

Ces propos avaient fait polémique sur les réseaux sociaux et quelque peu fâché les Algériens qui en avaient eu connaissance. Aussi quand le journaliste Khaled Drareni d’Echorouk News lui demande s’il ne regrette pas ces propos (entretien en replay ici à partir de 6’05), Emmanuel Macron assure que « non… ils ont été sortis de leur contexte parce que je ne parlais pas que de l’Algérie » :

La condamnation pourrait cette fois être claire si, comme à son habitude, Emmanuel Macron n’y avait pas ajouté des considérations qui la minorent et introduisent un doute sur ce qu’il pense vraiment : « En même temps, poursuit-il, il ne faut pas balayer ce passé et je ne regrette pas cela [??] parce qu’il y a une jolie formule qui vaut pour l’Algérie : « La France a installé les droits de l’homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire. » C’est une jolie formule pour expliquer ce qu’est cette période. Il y a eu des crimes terribles, de la torture, de la barbarie parce que la colonisation est un acte de domination et de non-reconnaissance de l’autonomie d’un peuple mais en même temps je ne veux pas qu’on tombe, tout en reconnaissant ce crime, dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien. Vous voyez, c’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble. »

La conclusion est tout aussi contournée qu’ambiguë :

Donc, je veux dire par là qu’il ne faut absolument pas lire mes propos comme des éléments qui nient le fait de la colonisation et sa barbarie. Si certains l’ont lu comme tel, je m’en excuse auprès d’eux. Et vous avez eu l’honnêteté de relire ma phrase dans sa complexité, elle dit autre chose. Mais en même temps il y a des femmes et des hommes qui ont voulu faire une autre histoire, ils ont échoué à cela, l’État français a échoué à cela, mais il y a eu des passeurs, des femmes et des hommes qui portaient mieux qu’eux la colonisation.

Comprenne qui pourra.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La résilience, boussole pour le monde à venir
Inégalités 12 juin 2026 abonné·es

La résilience, boussole pour le monde à venir

Alors que les crises sociales, démocratiques et écologiques nourrissent partout le sentiment d’impuissance, des résistances citoyennes dessinent d’autres possibles. Cécile Duflot plaide pour faire de la résilience collective une force politique capable de combattre les inégalités, défendre l’État de droit et redonner espoir face aux replis nationalistes et aux logiques de renoncement.
Par Cécile Duflot
« Les révolutions sont des imaginaires puissants »
Entretien 12 juin 2026 abonné·es

« Les révolutions sont des imaginaires puissants »

Dans un temps marqué par la montée des extrêmes droites, l’historienne Mathilde Larrère s’attarde sur ce que la gauche fait de sa mémoire révolutionnaire, endroit fécond où inventer l’avenir.
Par Juliette Heinzlef
2027 : Raphaël Glucksmann cherche sa gauche sur les terres d’extrême droite
Présidentielle 11 juin 2026 abonné·es

2027 : Raphaël Glucksmann cherche sa gauche sur les terres d’extrême droite

L’eurodéputé veut s’imposer au sein de l’espace social-démocrate en parlant à la gauche, mais pas seulement. Plus risqué, il souhaite l’emporter face à l’extrême droite en reprenant ses totems, comme la défense de la nation.
Par Lucas Sarafian
Entre la primaire et Glucksmann, les socialistes encore et toujours tiraillés
Récit 11 juin 2026 abonné·es

Entre la primaire et Glucksmann, les socialistes encore et toujours tiraillés

Olivier Faure, contesté dans son propre parti, rêve de rassembler la gauche non-mélenchoniste et d’embarquer Raphaël Glucksmann. Tandis que l’eurodéputé ne se voit pas partir sans le PS mais se rapproche surtout des opposants internes au premier des roses. Dialogue de sourds.
Par Lucas Sarafian