À la santé d’Istanbul

À travers l’histoire d’un marchand ambulant, le prix Nobel turc Orhan Pamuk dresse un grandiose portrait-fleuve de la ville qui traverse son œuvre..

Orhan Pamuk a beau être souvent lu et interrogé comme un fin analyste de la situation politique turque, il est aussi un romancier sentimental. Il le disait dans Le Romancier naïf et sentimental (Gallimard, 2012), réflexion sur l’art du roman appuyée sur un essai de Friedrich Schiller ; il l’affirme une nouvelle fois dès les premières pages de Cette chose étrange en moi. Paru en Turquie en 2014 avant d’être traduit par Valérie Gay-Aksoy et publié en France chez Gallimard, ce nouveau roman-fleuve s’ouvre en effet sur un enlèvement par amour. Le récit est a priori digne d’un conte oriental. Mevlut Karatas, vendeur de yaourt et de boza – « boisson asiatique traditionnelle obtenue à partir de millet fermenté, […] agréablement parfumée et légèrement alcoolisée », précise plus tard un narrateur anonyme à la troisième personne –, fuit son village d’Anatolie centrale avec Rayiha, une jeune fille d’un village voisin, croisée quatre ans plus tôt lors du mariage de l’aîné de ses cousins paternels. Mais, chez l’auteur de Neige (Gallimard, 2005), les amours sont souvent sinon tout à fait trompeurs, du moins beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît. Au point que les 660 pages du livrene suffiront pas à épuiser le sens de ce rapt initial. Et encore moins ses conséquences. Mevlut et Rayiha ne rejoignent pourtant pas le cortège d’amants malheureux imaginés par Orhan Pamuk. Contrairement à Ka et Ipek, de Neige, ou à Kemal et Sibel, du Musée de l’innocence (Gallimard, 2011), dont l’union reste dans le domaine du rêve, le couple de Cette chose étrange en moi trouve le bonheur à Istanbul. Cela malgré la pauvreté et les affrontements entre nationalistes et communistes qui ravagent la capitale à partir de 1977. Et, surtout, en dépit d’une manigance orchestrée le jour de l’enlèvement par Süleyman, le deuxième cousin du personnage principal. Lequel, au lieu de la belle Samiha, dont le regard lui avait inspiré de nombreuses lettres fleuries, se retrouve avec sa sœur aînée, Rayiha.

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