Le Conseil de l’Europe pointe les « sordides » centres de rétention grecs

Des délégués du Comité antitorture de l’institution européenne ont visité une vingtaine de camps et de postes-frontières où sont détenus des milliers de migrants en Grèce. Leur rapport dénonce la surpopulation, les violences policières et des conditions d’accueil « inacceptables ».

Olivier Doubre  • 27 septembre 2017
Partager :
Le Conseil de l’Europe pointe les « sordides » centres de rétention grecs
© Photo : Nicolas Economou / NurPhoto

Quarante-trois personnes dans un container de 46 m2, dont de jeunes enfants et des personnes âgées. Sept détenus dans une tente pour deux personnes. Couvertures « infestées de puces », sanitaires « délabrés et insalubres », de nombreuses maladies de peau dont la gale et sans doute des cas de tuberculose… C’est là quelques-unes des atroces constatations des délégués du Comité antitorture (CPT), qui viennent de publier un rapport plutôt accablant, suite à deux visites sur le terrain en 2016, sur les conditions de « séjour » dans les camps de rétention pour migrants, des bureaux de police, postes-frontières ou deux « hotspots » en mer Égée, ces camps où les nouveaux arrivants doivent être enregistrés. Dans celui de Moria, sur l’île de Lesbos qui fait face à la Turquie, quelque 3 000 migrants s’entassaient dans cette structure de… 1 500 places.

Bien évidemment, de telles conditions de promiscuité entraînent des tensions et des violences entre migrants. Mais les enquêteurs de l’organisation paneuropéenne ont aussi recueilli de nombreux témoignages de violences policières : coups de pied et de poing seraient ainsi monnaie courante, sans compter les cas de migrants menottés à une grille toute une nuit pour avoir simplement réclamé de l’eau, une couverture ou un matelas…

Dans l’un des postes de police du port du Pirée, le rapport évoque les « conditions sordides » de la plupart des cellules « assimilables à des cachots ». Le CPT pointe en particulier la situation des mineurs isolés. Sur les 3 000 détenus âgés de moins de 18 ans en juillet 2016, pas plus de 500 disposaient de structures spécialement dédiées, comme le prévoient les règles de droit, les autres étant incarcérés avec les adultes. Les délégués écrivaient ainsi : « Maintenir des gens dans de telles conditions peut être considéré comme un traitement inhumain et dégradant, en présentant en outre un risque pour la santé publique. »

Contacté par l’AFP, l’un des auteurs estimait que cette situation n’était pas tant due à un manque de moyens financiers, puisque la Grèce reçoit des fonds européens spécifiques pour l’accueil des migrants, qu’à un « manque d’organisation et de coordination entre les différents services concernés par la prise en charge des réfugiés ». Certes. Mais dans un pays mis en coupe réglée par les mémorandums de l’Union européenne, du FMI et de l’Eurogroupe, ne parvenant plus à assurer ses services publics pour sa propre population, il ne faut pas s’étonner que ce secteur connaisse moult difficultés. Difficultés sur lesquelles ses « partenaires » européens évitent tranquillement de poser les yeux.

Monde Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi
Reportage • 16 octobre 2026 abonné·es

Brésil, l’espoir menacé d’un logement à soi

À Rio, le Mouvement des sans-toit occupe un terrain vague où plus d’une centaine de personnes bataillent pour le droit au logement. Dans ce campement de bric et de broc, l’incertitude monte à l’approche du second tour de l’élection présidentielle, dont le résultat sera déterminant pour la lutte.
Par Camille Madera
Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

Exilés éthiopiens : « Nous fuyons la mort, la faim et l’incertitude »

Chaque année, des centaines de milliers de personnes transitent par Djibouti, puis le Yémen, pour atteindre l’Arabie saoudite. Un périple dangereux, nourri par l’espoir d’une vie meilleure, autour duquel s’est développée une économie clandestine dont profitent passeurs, intermédiaires et même certaines autorités au sein de l’appareil d’État.
Par Clara Nusaybi
À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa