Le Conseil de l’Europe pointe les « sordides » centres de rétention grecs

Des délégués du Comité antitorture de l'institution européenne ont visité une vingtaine de camps et de postes-frontières où sont détenus des milliers de migrants en Grèce. Leur rapport dénonce la surpopulation, les violences policières et des conditions d’accueil « inacceptables ».

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Quarante-trois personnes dans un container de 46 m2, dont de jeunes enfants et des personnes âgées. Sept détenus dans une tente pour deux personnes. Couvertures « infestées de puces », sanitaires « délabrés et insalubres », de nombreuses maladies de peau dont la gale et sans doute des cas de tuberculose… C’est là quelques-unes des atroces constatations des délégués du Comité antitorture (CPT), qui viennent de publier un rapport plutôt accablant, suite à deux visites sur le terrain en 2016, sur les conditions de « séjour » dans les camps de rétention pour migrants, des bureaux de police, postes-frontières ou deux « hotspots » en mer Égée, ces camps où les nouveaux arrivants doivent être enregistrés. Dans celui de Moria, sur l’île de Lesbos qui fait face à la Turquie, quelque 3 000 migrants s’entassaient dans cette structure de… 1 500 places.

Bien évidemment, de telles conditions de promiscuité entraînent des tensions et des violences entre migrants. Mais les enquêteurs de l’organisation paneuropéenne ont aussi recueilli de nombreux témoignages de violences policières : coups de pied et de poing seraient ainsi monnaie courante, sans compter les cas de migrants menottés à une grille toute une nuit pour avoir simplement réclamé de l’eau, une couverture ou un matelas…

Dans l’un des postes de police du port du Pirée, le rapport évoque les « conditions sordides » de la plupart des cellules « assimilables à des cachots ». Le CPT pointe en particulier la situation des mineurs isolés. Sur les 3 000 détenus âgés de moins de 18 ans en juillet 2016, pas plus de 500 disposaient de structures spécialement dédiées, comme le prévoient les règles de droit, les autres étant incarcérés avec les adultes. Les délégués écrivaient ainsi : « Maintenir des gens dans de telles conditions peut être considéré comme un traitement inhumain et dégradant, en présentant en outre un risque pour la santé publique. »

Contacté par l’AFP, l’un des auteurs estimait que cette situation n’était pas tant due à un manque de moyens financiers, puisque la Grèce reçoit des fonds européens spécifiques pour l’accueil des migrants, qu'à un « manque d’organisation et de coordination entre les différents services concernés par la prise en charge des réfugiés ». Certes. Mais dans un pays mis en coupe réglée par les mémorandums de l’Union européenne, du FMI et de l’Eurogroupe, ne parvenant plus à assurer ses services publics pour sa propre population, il ne faut pas s’étonner que ce secteur connaisse moult difficultés. Difficultés sur lesquelles ses « partenaires » européens évitent tranquillement de poser les yeux.


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