Ordonnances : la mobilisation va-t-elle rebondir ?

Même si les manifestations d’hier contre la réforme du droit du travail ont moins mobilisé que celles du 12 septembre, les prochaines semaines vont offrir de multiples opportunités au mouvement de contestation de se redynamiser.

Vincent Richard  • 22 septembre 2017
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Ordonnances : la mobilisation va-t-elle rebondir ?
© photo : Nicolas Liponne / NurPhoto

I l n’y a aucune raison de s’arrêter, bien au contraire. » C’est la conclusion que Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, tirait hier soir après la mobilisation de « centaines de milliers de salariés » dans toute la France, alors que Macron a signé aujourd’hui en début après-midi les ordonnances réformant le code du travail. Une signature qui les rend applicables sous peu, sans leur donner encore force de loi.

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Certes, le nombre de manifestants a été, de l’aveu même du syndicaliste, « un peu inférieur » à la précédente journée de grève, le 12 septembre (132 000 contre 223 000 selon le ministère de l’Intérieur), mais cela ne l’a pas empêché d’annoncer son intention d’appeler « dans les meilleurs délais » à une « nouvelle journée nationale d’actions ». La situation, a-t-il ajouté, « exige que nous réfléchissions avec l’ensemble des confédérations ».

Pour le moment, cet appel du pied aux autres organisations syndicales n’a pas eu l’effet voulu, Laurent Berger, secrétaire générale de la CFDT, estimant même sur RTL ce matin que « les manifs sans salariés, ça n’a pas d’intérêt. Je pense que ce n’est pas la bonne stratégie syndicale à avoir ». Si une montée en puissance de la mobilisation par rapport au 12 septembre aurait pu rallier à la stratégie cégétiste la CFDT et la confédération Force ouvrière – deux centrales où des syndicats et des fédérations ont appelé à participer aux manifestations d’hier et poussent en interne pour que leurs directions revoient leur position –, l’affluence en baisse dans les défilés rend difficilement envisageable un tel basculement.

Faut-il pour autant acter la fin du mouvement d’opposition à la réforme du droit du travail ? Non, car il reste au moins deux échéances qui peuvent permettre de redessiner le paysage : la manifestation « contre le coup d’État social » du 23 septembre, et la grève avec blocages des routiers la semaine prochaine.

La marche à l’appel de la France insoumise demain ne s’inscrit certes pas dans la dynamique syndicale initiée par la CGT, puisqu’elle a lieu à l’appel d’un mouvement politique et n’est pas accompagnée de grèves, mais un succès de cette manifestation nationale pourrait néanmoins permettre de redynamiser le mouvement, en démontrant l’ampleur de l’opposition populaire à la politique d’Emmanuel Macron. Dans Le Monde, Manuel Bompard, organisateur de l’événément, annonce « entre 100 et 130 cars affrétés, ce qui est légèrement supérieur à ce qu’il y a eu pour la marche du 18 mars », précédent rassemblement national à l’initiative des insoumis, qui avaient alors annoncé 130 000 participants. Il ajoute : « Notre succès peut être un point d’appui pour la suite du mouvement social. »

Grèves et blocages

Reste qu’un mouvement social, pour être victorieux, ne peut guère faire l’économie de grèves aboutissant à un blocage de l’économie. C’est ce que défendait un responsable Force ouvrière d’Ille-et-Vilaine devant une caméra de Ouest-France hier au cours de la manifestation rennaise :

C’est aussi ce que laisse entrevoir la mobilisation des chauffeurs routiers, à l’appel de la CGT et de FO, la semaine prochaine… et potentiellement au-delà.

Les fédérations des transports CGT et Force ouvrière ont en effet promis une « mobilisation massive » dès lundi contre la réforme du code du travail, après « l’échec » d’une rencontre mercredi avec le gouvernement. Patrice Clos, secrétaire général de la fédération Transports et logistique de FO, a annoncé à la sortie de cette réunion la volonté d’étendre le mouvement « aux déchets, transports de voyageurs, transports urbains ». Jérôme Vérité, secrétaire général de la CGT-Transports, a même appelé à « à une mobilisation massive […] dans tous les secteurs d’activité ». Pour les routiers, le mouvement démarrera dans la nuit de dimanche à lundi, avec des modalités d’action encore à définir localement, même si les actions des chauffeurs routiers ciblent en priorité des points stratégiques susceptibles de menacer la bonne marche de l’économie – comme les bases logistiques, les zones industrielles, les péages et les dépôts de carburant. Les organisations appelant à ce mouvement sont confiantes dans leurs capacités de mobilisation : « J’incite tout le monde à faire le plein assez rapidement parce que je pense que la mobilisation va être très, très forte », a d’ailleurs prévenu Jérôme Vérité.

Dans le cas où le mouvement serait en effet bien suivi et se prolongerait dans la durée, il n’est pas exclu que d’autres secteurs rejoignent à leur tour un mouvement de grève reconductible. La fédération CGT des services publics a d’ores et déjà déposé mardi un préavis de grève courant du 25 septembre au 15 octobre afin de « poursuivre la bataille contre les projets d’ordonnance portant sur le code du Travail et contre les attaques visant la Fonction publique et notamment son versant territorial », soulignant la « nécessité d’inscrire le processus d’action revendicative dans la durée ». Une journée d’action dans la fonction publique est également prévue le 10 octobre à l’appel de l’ensemble des syndicats du secteur.

La mobilisation contre les ordonnances et la politique de Macron ne fait décidément que commencer.

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