Gauche : À la reconquête des classes populaires

Combien de temps peut durer une démocratie dans laquelle moins de la moitié des Français de plus de 18 ans se déplacent aux législatives ? Le temps presse, mais on ne renoue pas si facilement avec ceux que l’on a abandonnés.

Pauline Graulle  • 18 octobre 2017
Partager :
Gauche : À la reconquête des classes populaires
© photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

À quel moment les classes populaires ont-elles disparu du paysage politique ? Le sociologue Gérard Mauger se souvient qu’à la fin des années 1960, « le PCF faisait encore 20 % des voix. Alors, qu’on soit pour ou contre, l’intérêt pour la “classe ouvrière” allait de soi ». Un passé proche qui semble aujourd’hui si lointain… Après le programme commun de Mitterrand, le tournant de la rigueur de 1983 a été le prélude à l’effondrement de la représentation des classes populaires dans le champ politique. Le chômage de masse et le capitalisme financier ont tout complexifié. Incompris, les mondes populaires ont déserté les bancs du pouvoir, puis les isoloirs. Jusqu’au terrible renoncement de 2011, quand le PS écrira noir sur blanc les bonnes raisons de ne plus s’adresser à sa base sociale historique.

Aujourd’hui pourtant, à droite comme à gauche, on recommence à se passionner pour cette si mal nommée « France d’en bas » – ces 51 % de Français « employés » ou « ouvriers ». C’est que, quand le FN frappe à la porte du pouvoir, il faut bien aller récupérer, en urgence, les brebis égarées !

Théoriquement, le quinquennat de Macron, le « Président des riches », ouvre un boulevard électoral pour qui se revendiquera le mieux le candidat du « peuple ». « Les 600 000 voix qui ont manqué à Jean-Luc Mélenchon pour gagner la présidentielle sont dans les quartiers populaires », lançait Éric Coquerel, député France insoumise, à l’université d’été du mouvement, en août. Il faut aussi se demander combien de temps peut durer une démocratie dans laquelle moins de la moitié des Français de plus de 18 ans se déplacent aux législatives. Le temps presse, mais on ne renoue pas si facilement avec ceux que l’on a abandonnés.

À lire dans ce dossier :

• Classes populaires : Le nouveau « graal » de la gauche

• « L’abstention est le fait de mécanismes sociologiques »

• Pas de quartier(s) pour les politiques

• Reconquête des classes populaires : La gueule de l’emploi

Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 
Enquête 6 mars 2026 abonné·es

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 

Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.
Par Pauline Migevant
« Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »
Entretien 6 mars 2026 abonné·es

« Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »

À l’approche des municipales, l’historien Nicolas Lebourg revient, avec deux confrères chercheurs, sur l’exemple de Perpignan et analyse comment Louis Aliot a tiré parti des dynamiques sociales et territoriales de la ville pour en faire un laboratoire du populisme français.
Par Juliette Heinzlef
Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel
Enquête 6 mars 2026

Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel

Un nombre de candidatures record, des troupes entièrement mobilisées, des victoires envisageables dans plusieurs départements… Marine Le Pen, Jordan Bardella et leurs troupes jouent gros dans le scrutin de 2026.
Par Alix Garcia
Le grand effacement de la Macronie aux municipales
Infographie 5 mars 2026 abonné·es

Le grand effacement de la Macronie aux municipales

Après les échecs répétés dans les urnes lors des élections européennes et législatives, le parti présidentiel Renaissance, a adopté une nouvelle stratégie : disparaître pour se fondre dans des alliances. Retour en chiffres sur cette disparition.
Par Pierre Jequier-Zalc et Basile Roth