Erri De Luca : « Porter secours n’est pas un choix mais un devoir »

Selon Erri De Luca, quand la fraternité est illégale, il faut désobéir. L’écrivain italien a lancé un appel en soutien aux « trois de Briançon », une Italienne et deux Suisses qui encourent dix ans de prison pour avoir aidé des migrants à passer la frontière.

Ingrid Merckx  et  Vincent Richard  • 23 mai 2018 abonné·es
Erri De Luca : « Porter secours n’est pas un choix mais un devoir »
© photo : LEONARDO CENDAMO/Leemage/AFP

L’écrivain italien Erri de Luca était à Paris pour la parution d’Une tête de nuage (Gallimard), roman laïque et spirituel sur deux parents, Miriàm et Iosèf, qui s’apprêtent à élever l’enfant qu’elle porte, Jésus. L’auteur de Le contraire de un, Montedidio, Au nom de la mère, ou La Parole contraire, relaxé en octobre 2015 des accusations d’incitation au sabotage qui pesaient contre lui du fait de ses propos contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, ne voyage pas pour le plaisir, explique-t-il dans le salon d’un hôtel de Saint-Germain-des-Prés…

Pour le plaisir, il préfère s’échapper en montagne, lui qui habite à Naples, non loin de la mer. Deux zones frontières qui n’en sont pas, s’étonne-t-il au lendemain d’un appel, signé par le directeur de Politis, qu’il a lancé en soutien aux « trois de Briançon ». Une Italienne de 26 ans, Eleonora, et deux Suisses, Bastien et Théo, 22 et 23 ans, qui ont été placés en détention provisoire avant d’être libérés sous contrôle judiciaire et qui encourent dix ans de prison et 750 000 euros d’amende pour avoir aidé « en réunion » des migrants à passer de l’Italie en France à travers le col de l’Échelle, le 21 avril dernier. Ce jour-là, des membres du groupe d’extrême droite Génération identitaire ont organisé côté français une opération de communication antimigrants pour « défendre les frontières européennes » (1). Aussitôt le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a dépêché des renforts, validant la thèse de Génération identitaire et criminalisant les défenseurs des migrants, qui ont subi six interpellations. De quoi rompre avec le réflexe le plus élémentaire, selon Erri De Luca, en mer et en montagne pour le moins : porter secours.

Est-ce la solidarité des montagnards au col de l’Échelle qui vous a frappé ?

Erri De Luca : Ce qui me frappe, c’est à quel point on peut être aveugle face à la montagne. Le pouvoir politique s’imagine que les montagnes sont des barrières, des murailles. Mais les montagnes sont le plus grand éventail de passages possibles. Entre des versants et à travers un réseau immense de sentiers non contrôlables empruntés par toute l’histoire humaine. Les montagnes sont une voie de communication. Les Hautes Alpes n’ont jamais empêché une

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Société
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