Bure : interpellations en série d’opposants au projet Cigéo

Une vague d’arrestations, « la plus lourde depuis des années », a eu lieu ce mercredi dans les rangs des antinucléaires de Bure.

Daryl Ramadier  • 20 juin 2018
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Bure : interpellations en série d’opposants au projet Cigéo
© Photo : Daryl Ramadier

Une opération policière visant des opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaires dans la Meuse est en cours depuis ce mercredi matin. À 7 heures, une dizaine de lieux ont été quasi simultanément perquisitionnés, parmi lesquels la Maison de résistance de Bure (Meuse) où les forces de l’ordre sont restées jusqu’à la fin de l’après-midi. Neuf personnes ont été interpellées, sept sont actuellement placées en garde à vue. « A priori, pour la plupart des gardes à vue, il a été annoncé qu’elles allaient durer 96 heures », soit la durée maximale, croit savoir une source sur place.

Il s’agit de la troisième intervention de ce type en un an. Mais cette fois, la vague de perquisitions et d’arrestations est « la plus lourde jamais subie dans le mouvement », réagit l’association Sortir du nucléaire. Même tonalité dans le communiqué commun du Cedra 52 (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) et de l’Eodra (Association des élus de France opposés à l’enfouissement des déchets radioactifs). Selon nos informations, les personnes qui ont été perquisitionnées sont membres d’associations et/ou activement impliquées dans l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires. _« Elles habitent le territoire, ont des projets, font du maraîchage », confie un proche sur place.

Les opposants à Cigéo dénoncent « une réponse politique du gouvernement ». Quatre jours plus tôt, plusieurs milliers de personnes s’étaient réunies à Bar-le-Duc pour « dire non à la poubelle nucléaire ». Un important dispositif de CRS y avait été déployé. Le mouvement de contestation du projet d’enfouissement n’avait plus attiré autant de monde depuis longtemps. Si la préfecture a annoncé un millier de personnes, un membre de l’organisation conteste ce chiffre : « 2 500 repas ont été distribués, donc il y avait près de 3 000 personnes dans les rues. »

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« Il y a encore beaucoup de monde à Bure et dans différents lieux, nous explique une membre du réseau Sortir du nucléaire. Il y a toute une semaine de préparation à des actions futures, des échanges de connaissances… Ils tapent maintenant pour empêcher les gens de s’organiser. » Des témoignages locaux constatent une « pression policière et militaire qui s’intensifie » depuis une dizaine de jours, notamment par le biais d’une présence accrue et de contrôles multipliés.

Un avocat en garde à vue

Étienne Ambroselli, avocat emblématique de plusieurs militants de Bure, a aussi été arrêté à Paris lors d’une perquisition menée à son cabinet. « Un tel procédé porte non seulement atteinte au droit à une défense effective mais constitue également une gravissime remise en cause du plein exercice de la profession d’avocat, s’insurgent 50 de ses collègues dans une tribune publiée sur Mediapart. _L’ampleur et la gravité de l’action policière de ce jour marquent une nouvelle étape dans la répression des mouvements d’opposition au projet Cigéo. Nous dénonçons avec force ces méthodes disproportionnées et choquantes qui foulent aux pieds les libertés fondamentales les plus essentielles : le droit de se défendre et le droit de défendre. »

Olivier Glady, procureur de la République à Bar-le-Duc, a expliqué à l’AFP que les perquisitions ont été menées « dans le cadre d’une commission rogatoire d’un juge d’instruction ». Ces faits, d’après nos confrères de Mediapart, sont les suivants : _« Le départ d’un incendie volontaire dans l’hôtel-restaurant qui fait face au laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) ; des dégradations commises à l’écothèque, bâtiment appartenant à l’Andra, ainsi qu’une manifestation non déclarée, le 15 août 2017. »

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Des regroupements en soutien aux opposants du projet Cigéo ont été organisés devant plusieurs préfectures de France, comme à Toulouse ou à Orléans. Les premiers témoignages qui remontent de Paris font part de la présence d’un dispositif policier. D’autres rassemblements ont eu lieu devant des commissariats concernés par les gardes à vue.

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