Le grand mensonge sur les migrants « submergeant» la France et l’Europe

Les chiffres du HCR rappellent que des dizaines de millions de réfugiés vivent ou survivent en fait dans les pays les plus pauvres.

Claude-Marie Vadrot  • 25 juin 2018
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Le grand mensonge sur les migrants « submergeant» la France et l’Europe
Photo : des enfants réfugiés afghans dans un camp au Pakistan. Crédit : Muhammed Semih Ugurlu / ANADOLU AGENCY

Contrairement à ce que la plupart des politique européens voudraient faire croire à leurs populations, à commencer par ceux de l’Italie, de la France et des ex-pays de l’Est comme la Pologne ou la Hongrie, les réfugiés fuyant des guerres, des répressions ou des catastrophes naturelles ne sont pas en train de « submerger » l’Europe. Les 65,3 millions de réfugiés et déplacés, recensés par la Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), vivent ou survivent essentiellement dans les pays du Sud, pesant sur des États aux situations économiques et sociales déjà très fragiles. Ils sont seulement près de 21,5 millions à bénéficier officiellement du statut de réfugiés « protégés » par le HCR. Les autres, une quarantaine de millions, sont des « déplacés » sans statut dans des pays en guerre ou contraints de fuir des régions qui ont été frappées par des sécheresses, des inondations ou des famines.

2 millions de déplacés à l’intérieur du Soudan

Ces femmes, ces enfants et ces hommes réfugiés sont prés de 30 % à vivre en Afrique, fuyant notamment l’Ouganda, l’Éthiopie, l’Érythrée, la Somalie ou le Soudan. La situation dans ce dernier pays, et surtout dans la province du Darfour, a entraîné à la fois la fuite de 300 000 réfugiés installés dans des camps au Tchad et la création de nombreux camps abritant 2 millions de déplacés à l’intérieur du Soudan, qui vivent dans des conditions encore plus précaires. Ils sont à la fois victimes de la sécheresse et de la guerre interne qui sévit dans la région depuis une quinzaine d’années.

Toujours en Afrique, les conditions politiques et climatiques des nations voisines expliquent la présence de 600 000 personnes réparties dans trois immenses camps au Kenya, de plusieurs camps accueillant 280 000 personnes en Ouganda et de 150 000 en Tanzanie. Sans oublier des centaines de milliers de déplacés congolais en raison des combats qui se déroulent depuis des années dans la région orientale de la République démocratique du Congo, autour du parc national de Virunga et de la zone des Grand Lacs. L’Afrique du Sud, depuis des années, n’échappe pas aux conséquences des désordres politiques et climatiques du continent et compte actuellement 230 000 réfugiés dont 65 000 sont éligibles au statut de droit d’asile.

Il ne faut pas oublier la situation difficile de la Jordanie qui accueille 650 000 réfugiés syriens dans des camps. Lesquels s’ajoutent au 2 millions de réfugiés palestiniens présents depuis des années et auxquels, malgré les difficultés créées, le gouvernement a souvent accordé les mêmes droits qu’aux citoyens jordaniens alors que le pays compte déjà 10 millions d’habitants. Des réfugiés palestiniens que l’on retrouve à Gaza (1,2 million) et dont certains sont coincés dans ce territoire minuscule depuis 1948, lors de la création d’Israël. Le Liban compte 200 000 Palestiniens présents depuis des décennies. S’ajoute à ce chiffre un million de Syriens. Cela entraîne pour ce pays le chiffre de 185 réfugiés pour 1000 habitants. Le conflit syrien a entraîné l’exil ou le déplacement de 5,5 millions de déplacés soit environ un tiers de la population actuelle. 2, 5 millions de Syriens touchés par la guerre se trouvent actuellement en Turquie avec le statut officiel de réfugiés. En Amérique latine, outre les réfugiés vénézuéliens qui gagnent la Colombie ou le Brésil, il y a ceux d’Amérique centrale qui tentent de gagner à leurs risque et périls les États-Unis ou le Canada.

2,5 millions d’Afghans hors de leur pays

Quelque 2,5 millions d’Afghans se trouvent encore à l’extérieur du pays : au Pakistan, en Iran et dans les anciennes républiques soviétiques situées au nord du pays. Les camps de réfugiés, gérés ou non directement par le HCR existent dans une cinquantaine de pays : par exemple les 150 000 Tibétains ayant fuit le pouvoir chinois, des exilés que tout le monde a oublié, comme Ouïgours chassés de Chine. Déjà oubliés également, les 670 000 Rohingyas chassés par les autorités birmanes et vivant dans des camps précaires dans le sud du Bangladesh.

Partout dans les pays du Sud, des millions d’exilés remettent en cause les équilibres sociaux, politiques et économiques de nations déjà fragiles. Dans des proportions effarantes alors que les migrants qui gagnent l’Europe ou les États-Unis ne représentent pas une menace de « submersion » pour reprendre les expressions de Gérard Collomb ou de Donald Trump pour un continent comptant 500 millions d’habitants.

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