Tout ! Cabu a tout dit…

Le journaliste Jean-Louis Porquet, s’appuyant sur de nombreux témoignages et des archives parfois inédites, retrace la riche existence du dessinateur, livrant au passage des anecdotes insolites.

Jean Maurice Jules Cabut, c’est toute une histoire. Celle d’un homme jovial et modeste, presque timide, au talent de dessinateur immense, pacifiste jusqu’au bout des doigts, écolo de la première heure, esprit libre. Le pilier de Charlie Hebdo a été assassiné un matin de janvier 2015 (1) par la connerie qu’il a dénoncée toute sa vie. Un comble pour celui qui rappelait souvent sa chance de vivre en France – loin des « endroits où on peut se faire tuer », disait-il au journaliste Sorj Chalandon.

Racontée par de nombreux témoignages (journalistes, copains, mais aussi la famille de Cabu, surtout sa sœur Marie-Thérèse) sous la plume de Jean-Louis Porquet (2), cette histoire débute en 1938 à ­Châlons-sur-Marne.

L’enfant, dont l’imagination et l’observation méticuleuse des êtres humains se nourrissent de l’ennui provincial, ne s’imagine pas qu’il deviendra un grand nom du patrimoine culturel français. Mais il sait très tôt que dessiner sera le carburant de sa vie, son moyen d’être au monde. Il lit tout. L’illustré de la jeunesse catholique Cœurs vaillants, qui héberge Tintin, bien sûr, mais surtout les journaux, en particulier Ici Paris et Le Hérisson. Comme si le dessin de presse lui offrait la clé de compréhension du monde et du comportement humain qu’il ne trouvait pas dans la littérature. Le dessin permet de tout dire. Et Cabu, pendant plus de soixante-cinq ans, dira tout crayon à la main. Absolument tout.

Son trait virtuose s’affirme tôt, dès l’âge de 11 ans, quand il dessine – en mode reportage, déjà – la construction de la nouvelle maison familiale et le déménagement. Une ligne claire et très appliquée, avec néanmoins un exceptionnel sens du mouvement. L’adolescent copie et recopie chaque jour Effel, Senep et surtout Dubout, qui restera à ses yeux « le plus grand », celui qui « n’a pas besoin d’idées, il n’a qu’à dessiner ». À 13 ans, il commet une immense fresque de 3,40 m, riche de 96 personnages. Le jeune « K-bu » est vite repéré par L’Union, quotidien régional, qui commence à le publier.

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