Michael Dudok de Wit : Au-delà des mots

Dans un long entretien, le cinéaste d’animation néerlandais Michael Dudok de Wit éclaire son processus créatif, fondé sur l’imaginaire.

Faire parler un réalisateur qui a renoncé au langage verbal dans ses films : l’exercice ne manque pas d’audace. Publier un livre d’entretien avec Michael Dudok de Wit, cinéaste d’animation néerlandais, dont le film de fin d’études, The Interview (1978), enchaîne des questions-réponses muettes, c’est donc un peu comme passer de l’autre côté du miroir.

Michael Dudok de Wit n’est pas allergique aux mots : non seulement il est prolixe et précis dans ses réponses à Xavier Kawa-Topor et Ilan Nguyen, spécialistes du cinéma d’animation partis à sa rencontre, mais il avait initialement pensé La Tortue rouge (2016) avec des dialogues. Dans les travaux préparatoires à ce long-métrage, son premier, réalisé à l’invitation exceptionnelle du Studio Ghibli au Japon, deux personnages parlaient : le père et le petit garçon. Pas la mère, car dans cette famille vivant sur une île déserte et magnifique, la femme était tortue avant sa métamorphose. Le réalisateur était assisté dans l’écriture par la monteuse Céline Kélépikis et la cinéaste Pascale Ferran. Quand ils ont adressé leur travail au Studio Ghibli, l’équipe leur a suggéré de supprimer les dialogues. Michael Dudok de Wit confie avoir ressenti « un soulagement presque euphorique » : « Le récit prenait sa dimension mythologique, le film devenait plus symbolique, hors du temps… »

Il explique comment se traduit une forme « au-delà des mots » : « Même s’il ne les entend pas, le spectateur doit sentir que les personnages s’entendent très bien. Qu’ils usent du langage verbal en dehors des scènes représentées à l’écran ou non n’est finalement pas très important. Ils communiquent très bien entre eux, et c’est l’idée essentielle. Leur langage est à la fois corporel, musical et littéralement graphique. C’est notamment le cas avec les traces que le couple laisse derrière lui lorsque l’homme et la femme marchent ensemble dans l’herbe avant de flotter dans le ciel. Ils se tiennent toujours très proches l’un de l’autre… » Cet éclairage permet de plonger au cœur de son processus créatif mais aussi, plus largement, au cœur de l’art de l’animation.

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