La police déteste Gaspard Glanz

Après 48 heures en garde à vue, le journaliste indépendant a reçu une convocation pour un procès en octobre, et ne pourra plus se rendre sur Paris les samedis et le 1er Mai.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Quarante-huit heures de garde à vue et une nouvelle convocation pour le reporter spécialisé dans la couverture des mouvements sociaux. Gaspard Glanz, arrêté à Paris samedi dernier lors du 23e acte des gilets jaunes, comparaîtra en octobre devant les juges. Le journaliste indépendant sera jugé pour « outrage à agent dépositaire de l’autorité publique ». Dans l'attente du procès, le fondateur de l’agence de presse Taranis News ne pourra plus se rendre à Paris les samedis et le 1er Mai. Une obligation assimilable à une interdiction professionnelle qu'il n'entend pas respecter : « Avec ou sans autorisation, j’y serai, quelles qu’en soient les conséquences, parce que je suis journaliste en France, dans un pays de liberté », a-t-il déclaré à sa sortie de garde à vue.

À lire aussi >> Gaspard Glanz, caméra au poing

Les faits ont été filmés. « Il est où le commissaire là ? », interroge Gaspard Glanz sur une vidéo du journaliste Nicolas Mercier de Hors-Zone Press. Quelques instants avant, sur la place de la République, lui et un groupe de journalistes aurait été visés par une GLI-F4, la grenade policière responsable de nombreuses mutilations. Après être passé derrière une ligne de CRS, le reporter renouvelle sa question et se fait pousser par un policier. Le geste passe mal, le journaliste réplique par un doigt d’honneur, à son tour mal reçu. Plusieurs agents viennent le mettre au sol pour procéder à son arrestation.

Effectuer 48 heures de garde à vue pour un outrage à agent paraît disproportionné. Mais les policiers n’ont pas retenu uniquement cette charge. Comme de nombreux manifestants, les forces de l’ordre ont également justifié la procédure par le délit de « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Une charge abandonnée finalement par le procureur de la République, pour ne conserver que l’outrage.

Ces frictions avec la police s’ajoutent à d’autres épisodes similaires. En 2015, le jeune reporter avait été placé en garde à vue alors qu’il couvrait une action militante pendant la COP 21. Rebelote lors d’une manifestation contre la loi travail à Paris en juin 2016, où la police le retient pendant quatre heures, avant qu'il soit relâché sans poursuites.

Une fiche S et une fiche J

La répression s’abat encore plus durement sur lui pendant le démantèlement de la Jungle de Calais. Gaspard Glanz passe 33 heures en garde à vue, la police le soupçonne d’avoir subtilisé un talkie-walkie tombé de la poche d’un CRS. Pendant sa privation de liberté, il apprend qu’il est fiché « S » et qu’il est interdit de séjour dans le Pas-de-Calais. L’interdiction décidée par arrêté préfectoral produit ses effets jusqu’à la fin de l’état d’urgence, et se fonde sur un risque de « participation à des actions revendicatives violentes ». À l’issue de la garde à vue, la justice lui impose un contrôle judiciaire strict. Pendant 8 mois, il pointe au commissariat de sa ville natale, Strasbourg.

Lundi matin, devant le commissariat où le fondateur de Taranis News a effectué 48 heures de garde à vue, un message au stylo noir a été inscrit : « Journaliste emprisonné = doigt d’honneur à la démocratie. » À quelques mètres de là, Gwen, journaliste indépendant au collectif La Meute et proche de Gaspard Glanz, témoigne :

Le 23 mars, à l’acte 19 des Gilets jaunes, Gaspard et moi avons été contrôlés à la gare du Nord. J’ai été relâché directement mais lui a été emmené au commissariat.

Motif invoqué : le journaliste aurait une « fiche J », dans le fichier des personnes recherchées (FPR). « Ils l’ont relâché deux heures plus tard », s’exaspère Gwen. Cette inscription au FPR, hérité de son ancien contrôle judiciaire, aurait dû légalement être effacée selon son avocat Raphaël Kempf.

« Il n’a jamais lancé de pavé, mais sa caméra est perçue comme une arme, un contre-pouvoir », s’exclame Lucie, une proche de Gaspard Glanz, avant de conclure : « Si je n’avais pas vu ses vidéos à l’époque, jamais je n’aurais su ce qui pouvait se passer en manifestation ! »


Haut de page

Voir aussi

Articles récents