Expulsion des Roms à Villeron : relaxe totale du maire et des habitants

En février 2023, les prévenus avaient organisé ou participé à une manifestation contre des Roms, installés dans le bois de leur commune. Ils se défendaient de tout racisme. L’association La voix des Rroms compte interjeter appel.

Pauline Migevant  • 24 juin 2025 abonné·es
Expulsion des Roms à Villeron : relaxe totale du maire et des habitants
© CC BY-SA 3.0 / Wikipédia

La manifestation du 5 février 2023 à Villeron (Val-d’Oise) a-t-elle contraint les personnes Roms qui vivaient là depuis plusieurs mois à partir ? Les participants ont-ils détruit des domiciles ? Les violences et le racisme sont-ils caractérisés ? C’est ce que devait juger le tribunal correctionnel de Pontoise, lundi 23 juin. Le maire et un habitant sont poursuivis par le parquet. Les quatre autres prévenus, à savoir les organisateurs de la manifestation et l’homme qui conduisait la tractopelle, comparaissent en raison d’une citation directe formée par Me Henri Braun. Il représente les trois victimes qui ont porté plainte pour violence après les faits, ainsi que l’association La voix des Rroms.

Le dimanche 5 février 2023, à 14 heures, une vingtaine de personnes Roms sont dans un campement, dans le bois de Villeron, près de la départementale. Une heure plus tard, un cordon de gendarmes les laisse passer. Ils partent dans leur voiture. Dehors, des habitants de Villeron, environ 150, crient « on a gagné ! ». Les villageois s’engouffrent dans le campement, certains commencent à arracher à mains nues les bouts de tôles et les bâches. Le maire finit par appeler un conducteur d’engins qui détruit les cabanons et creuse une tranchée.

Quelques jours plus tard, trois personnes Roms ont déposé plainte pour violences, suivies par des plaintes d’associations. Elles ne sont pas dans la salle d’audience, encore traumatisées par les faits. Certains ne veulent plus revenir en France. Plus de deux ans après, cinq habitants et le maire, présents à la manifestation, se sont ainsi retrouvés sur le banc des prévenus. Ils étaient jugés pour« voie de fait, destruction de biens et violences à caractère raciste ».

"Le racisme chez nous n’existe pas" 

Dans la salle d’audience qui est pleine, la chaleur pèse, à commencer sur le maire, qu’on comprend à peine. Dominique Kudla, 74 ans, se tient à moitié accoudé sur le pupitre. Il est agité, parle vite, articule peu. Il indique avoir fait un AVC en 2023 suite au départ des Roms. Les gendarmes présents lors de la manifestation décrivent son rôle passif, celui-ci n’ayant pas tenté de calmer les habitants lorsqu’ils se sont engouffrés dans le campement et tenté pour certains de détruire les habitations.

« Il faut bien qu’ils se défoulent un peu » aurait-il dit à un gendarme. Après un petit silence, Dominique Kudla dit ne pas s’en souvenir. « Ils auraient pu me dire : “Monsieur le maire vous faites pas ce qu’il faut,” j’étais en train de discuter avec eux. » Il se défend de tout racisme. « Mes deux

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Police / Justice Société
Temps de lecture : 7 minutes

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