« La force du tir m’a mis à terre, j’ai vu mon œil couler »

Des dizaines de gilets jaunes ont été blessés, mutilés par les charges de la police. Ils sont traumatisés, mais restent résolus et révoltés contre cette violence d’État inouïe.

Axel, Antoine, Vanessa, David, Jean-Marc, Thomas… La liste des gilets jaunes victimes de violences policières pourrait s’étirer sur plusieurs lignes. Le journaliste indépendant David Dufresne a établi un bilan (provisoire) au 7 mai 2019 de 280 blessures à la tête, 23 personnes ayant perdu un œil, 5 mains arrachées et une personne décédée : Zineb Redouane, 80 ans, qui a reçu une grenade lacrymogène en plein visage à Marseille le 1er décembre 2018 alors qu’elle était à sa fenêtre. Au-delà des chiffres, ce sont des hommes, des femmes, des adolescents blessés, des vies qui ont basculé. Raconter leurs douleurs et montrer leurs mutilations, leurs visages défigurés devient un nouveau moyen de manifester contre l’État.

Christophe, un ingénieur de Montpellier, a passé les six derniers mois à collecter, vérifier, archiver les témoignages de blessés et a publié leurs photos sur le site Le mur jaune (lemurjaune.fr). Lors du 1er mai, il a décidé d’exposer une banderole avec ces photos de visages déformés, d’yeux en sang, de bandages, de plaies ouvertes, d’hématomes… avant qu’elle ne soit jetée dans la poubelle par les forces de l’ordre. Axel est une des victimes de cette ville du sud de la France. Il a été touché par un tir de LBD en plein front le 19 janvier, alors que la situation n’était pas tendue. Résultats : sept fractures, 15 points de sutures, des vertiges récurrents. « J’ai aussi perdu l’odorat et le goût. Les médecins ne savent pas si c’est définitif. J’ai eu des difficultés pour marcher pendant plus d’un mois et j’ai encore des insomnies, des flashs, et je prends des cachets pour décompresser », confie ce livreur de 25 ans, qui ne comprend toujours pas les raisons de cet acharnement. Axel a porté plainte et reste optimiste car la Ligue des droits de l’homme a filmé toute la journée, dont la scène qui a défiguré le jeune homme.

Les vidéos deviennent des preuves, mais transforment parfois les cameramen amateurs en cibles. David B., figure et « liveur Facebook » connu des gilets jaunes de Toulouse, en a fait les frais le 23 février alors qu’il demandait son matricule à un policier qui lui avait arraché son téléphone. « Il a sorti sa matraque et m’a asséné des coups sur le crâne. J’ai perdu connaissance une quinzaine de secondes, et me suis réveillé la tête par terre, dans une mare de sang. Sur les vidéos on m’entend crier : “Je veux son matricule !” » Ce petit-fils de gendarme qui a toujours eu une image idyllique des forces de l’ordre s’interroge aujourd’hui : « Il y a des problèmes au niveau de l’État, des forces de l’ordre, de la justice, des journalistes : sur quels piliers de la démocratie peut-on encore s’appuyer ? »

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