Viols dans l’Église : des mots sur le mal
À la veille du procès du père Preynat, accusé de plusieurs agressions sur mineurs, l’association La Parole libérée publie un recueil de témoignages des victimes. Édifiant.
dans l’hebdo N° 1585 Acheter ce numéro

Pour beaucoup, il reste encore une odeur de tabac froid, le goût d’un cigarillo écrasé, une respiration haletante, des soupirs, presque des râles. Il reste d’autres choses encore, de ces trucs qui marquent, perdurent comme des stigmates, s’accrochent, butent sur les parois de la mémoire, tenaces, semblent s’échapper, reviennent inopinément. Des actes. Un nom : Bernard Preynat.
Âgé aujourd’hui de 74 ans, le prêtre doit comparaître du 13 au 17 janvier devant le tribunal correctionnel de Lyon. Poursuivi pour « agressions sexuelles sur mineurs », il sera confronté à une dizaine de ses victimes (sur une quarantaine), des années 1970 à 1991. Il échappe à la cour d’assises car, pour les victimes l’accusant de viol, les faits sont prescrits. En juillet 2019, le tribunal ecclésiastique a condamné le prêtre à la peine maximale prévue par le droit de l’Église catholique, le réduisant à l’état laïc. Un prêtre dont on sait maintenant, après enquête, qu’il ne cachait rien de ses attirances pédophiles dès le début de ses activités, que des signalements auprès des autorités de l’Église se sont succédé. Il y fera quand même carrière. Que dira-t-il, non pas de ses crimes, déjà reconnus, mais de ses complices taiseux, familles comprises, des instances, de sa hiérarchie directe, de l’attitude des cardinaux Albert Decourtray et Louis-Marie Billé, qui ont précédé Philippe Barbarin ?
D’une affaire judiciaire l’autre, justement. En novembre dernier, tout comme le procureur de la République de Lyon, décidant en août 2016 le classement sans suite, à l’issue de plaidoiries chargées d’émotion, la cour d’appel de Lyon a requis la relaxe de l’archevêque de Lyon, poursuivi pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs ». En première instance, le cardinal avait toutefois été condamné à six mois de prison avec sursis. Le prélat avait fait appel. Pour l’avocat général, s’il y a une faute morale concernant « les faits d’abus au