En pleine épidémie de Covid-19, deux directeurs d’Amazon démissionnent

Alors qu’Amazon continue de menacer la santé de ses employés, qui désertent progressivement les entrepôts, deux de ses cadres viennent de démissionner.

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Depuis le début de l’épidémie du Covid-19, Amazon multiplie les annonces : recrutement de 100 000 salariés aux États-Unis, augmentation de salaires, resserrement de l’activité autour des produits de première nécessité en Italie et en France. Mais voici une actualité que le géant américain ne s’est pas empressé de relayer. Le 20 mars, alors qu’un droit d'alerte avait été déposé dans tous les entrepôts français, Ana Fernandes, directrice de la plateforme de Saran, près d’Orléans, présentait sa démission. C’est également le cas de Roy Perticucci, un des pontes européens de la firme d'e-commerce.

Pour les syndicats, cette situation témoigne du malaise à assumer les décisions prises par le siège. « Ces gens ne veulent pas endosser les responsabilités », avance un syndicaliste, qui pointe notamment le cas d’Ana Fernandes, « n’assumant pas la décision d’intégrer de nouveaux intérimaires, alors qu’un cas avéré de Covid-19 a été détecté dans l’entrepôt de Saran ». Aucune confirmation de ces raisons n’a toutefois été donnée, l’entreprise évoquant quant à elle des départs pour« raisons personnelles »_.

Des taux d'absentéisme record

Depuis le début de la crise, Amazon méprise la sécurité de ses salariés dans ses entrepôts, où travaillent plusieurs centaines de personnes, malgré les cas suspectés ou avérés de Covid-19 sur certains sites. « Au moins une vingtaine de personnes inquiètes d’être contaminées m’ont contacté », assure Emilien Williatte, délégué syndical CGT sur le site de Lauwin-Planque, près de Douai dans le Nord. « Ce matin, on comptait 670 droits de retrait sur notre site depuis le début de la crise sanitaire, et sur les 2 000 salariés, il y a au moins 1 000 absents », complète le syndicaliste.

Une situation similaire sur les autres sites : ce 23 mars, la CGT recensait un taux d’absentéisme de 55 % pour les salariés en CDI à Montélimar. Pour rappel, Amazon représente au moins 6 000 emplois en CDI en France, sans compter les contrats courts.

Est-ce qu’on fait les choses parfaitement ? La réponse est non.

Ces derniers jours, les déclarations sommant le géant américain de respecter les consignes de sécurité se sont enchaînées, notamment de la part de Bruno Le Maire. Le ministre de l’Économie n’a toutefois pas exigé l’arrêt de l’activité d’Amazon, pourtant non vital. « La semaine dernière, j’ai moi-même rencontré le sous-préfet du Nord, notamment responsable de la santé publique », raconte Emilien Williatte. « Lui-même a reconnu un manque de sécurité sanitaire et a fait un rappel à la loi. » Selon le délégué syndical, certaines agences d’intérim ont même arrêté d’envoyer des travailleurs sur les sites d’Amazon.

Dans une réunion en date du 19 mars entre syndicats et direction, dont Mediapart a publié des extraits, la responsable des relations sociales et le président d’Amazon France logistique reconnaissaient leurs propres manquements. « Est-ce qu’on fait les choses parfaitement ? La réponse est non », lâche même ce dernier, en toute décontraction !

Si des « mesures supplémentaires » sont entrées en vigueur ce vendredi pour faire respecter la distanciation sociale, elles restent largement « insuffisantes » selon les syndicats. La CGT exige notamment un confinement généralisé avec une prise en charge à 100 % du salaire. Émilien Williate conclut : « De toute façon, ils s’y sont pris trop tard. Au moment des mesures, il y avait déjà des suspicions de cas. La confiance est rompue, c’est ce qui provoque ces vagues de droit de retrait. »


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