Pour une réelle lutte contre les discriminations raciales

Les institutions publiques participent à la fabrique de ces discriminations systémiques.

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Les manifestations récentes qu’ont connues les États-Unis et la France contre les violences policières ont mis en exergue l’importance du racisme systémique qui existe des deux côtés de l’Atlantique. Au même moment, l’Insee a montré que la croissance des décès quotidiens a été la plus importante dans le département le plus défavorisé de France, la Seine-Saint-Denis, où sont concentrées des populations racisées. Dans le même temps, Emmanuel Macron, en accusant le monde universitaire de « casser la République en deux », remet en cause toute la littérature nationale et internationale qui met en évidence l’existence, au-delà des inégalités socio-économiques, de discriminations systémiques qui touchent les populations racisées. Ces discriminations s’observent dans différentes sphères – l’accès à l’emploi, au cours de la carrière, l’accès au logement, au sein de l’institution scolaire, face à un certain nombre d’institutions publiques comme la police notamment – et se nourrissent entre elles. Elles ne doivent donc pas être vues sous le seul angle d’actes individuels isolés. Le Défenseur des droits souligne en effet dans son dernier rapport l’importance du caractère systémique des discriminations.

Les institutions publiques participent pleinement à la fabrique de ces discriminations systémiques. C’est tout particulièrement le cas pour le système éducatif. Si les facteurs socio-économiques et le capital culturel des parents expliquent en grande partie le niveau d’études de leurs enfants, le système scolaire accroît les inégalités existantes. Il conduit souvent vers une orientation scolaire non désirée pour les descendants d’immigrés africains les conduisant vers des filières dévalorisées. Les établissements scolaires qu’ils fréquentent sont sous-dotés, alors même qu’ils concentrent un public avec de fortes difficultés scolaires. Cette concentration est certes liée à la forte ségrégation territoriale que subissent les populations immigrées et descendantes de l’immigration, qui vivent majoritairement dans des quartiers défavorisés. Cependant, cette ségrégation scolaire est accentuée par les stratégies d’évitement scolaire des familles à plus fort capital culturel. Les inégalités socio-économiques et les discriminations dans l’éducation, le logement et le lieu de résidence se nourrissent ici entre elles.

Parallèlement, en tant qu’employeur, le secteur public produit lui-même des pratiques discriminatoires. Les Français descendants d’immigrés sont sous-représentés dans la fonction publique, même à niveau de diplôme identique. Les pouvoirs publics peinent également à mettre en place des enquêtes afin d’évaluer l’ampleur des discriminations dans leurs établissements et à sanctionner les auteurs des faits, alors même que des pratiques discriminatoires liées à l’origine ont été signalées par des agents publics, les pénalisant dans leur carrière. Un premier geste aurait pu être fait par le gouvernement en intégrant les médecins hospitaliers à diplôme étranger engagés dans la lutte contre la pandémie du Covid-19, qui continuent de percevoir des rémunérations bien inférieures à leurs confrères français.

Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.


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