Jacques Tardi : « La Commune, l’espoir d’inventer un nouveau monde »

Il y a vingt ans, Tardi a consacré à la Commune une adaptation du roman de Jean Vautrin Le Cri du peuple. Rééditée dans un nouveau format, elle restitue avec empathie une insurrection populaire qui a inspiré tant de conquêtes sociales.

Olivier Doubre  et  Pouria Amirshahi  • 10 mars 2021 abonné·es
Jacques Tardi : « La Commune, l’espoir d’inventer un nouveau monde »
© PATRICK KOVARIK / AFP

Jacques Tardi nous a reçus chez lui, sur les hauteurs du XXe arrondissement, à deux pas du Père-Lachaise et du mur des Fédérés, là où la réaction versaillaise (secondée par les Prussiens) fusilla froidement, sans procès ni pitié, plusieurs dizaines de milliers d’ouvrier·es et de militant·es parisien·nes, leurs conjoint·es, leurs enfants. Sur les murs, nombre de dessins tirés de ses œuvres : sur la Commune, la vie des poilus dans les tranchées de 1914-1918, les stalags en Allemagne, où son père fut retenu cinq ans durant (1)… Et de larges bibliothèques, pleines de livres, d’albums ou de romans dessinés. On ne trouvera en revanche nul signe honorifique ni distinction dorée chez celui qui a refusé « avec un immense plaisir » la Légion d’honneur, « ce truc rouge à la boutonnière ».

Éternel libertaire, Tardi, sollicité par la municipalité, a refusé ces derniers mois toute exposition de ses planches sur la Commune dans un quelconque cadre institutionnel. Quand bien même elles auraient constitué une belle réponse aux attaques de la droite parisienne ou de la Macronie (jusqu’à l’historien Pierre Nora, que l’on a connu plus rigoureux dans sa -discipline) dénigrant l’héritage de cette expérience de 72 jours qui annonçait toutes les avancées sociales et les libertés publiques promues peu à peu par la IIIe République. Car les Communes de 1871 (2) constituent bien un événement majeur, gestation collective des grands principes républicains français à venir, affirmant le dépassement et la fin des privilèges dont jouissaient jusqu’alors les élites nationales.

Le Cri du peuple, du nom de l’un des principaux journaux populaires de l’époque, c’est d’abord un roman que Jean Vautrin a mis trois ans à écrire (3), et Tardi plus de quatre ans à transposer en dessins. Des années de recherches minutieuses, qui sont aussi une marque de l’artiste, pour illustrer jusque dans les moindres détails les fines baïonnettes des soldats assiégés de la Garde nationale ou les objets des fourneaux de Louise Michel, cuisinant dans son petit appartement de la butte Montmartre… Une plongée dans la vie quotidienne des prolétaires et des foyers -populaires parisiens, au moment de -l’invasion des Prussiens. Et le récit d’une révolution qu’Adolphe Thiers, à la remorque de la bourgeoisie et des casques à pointe de Bismarck, a noyée dans le sang, mais sans empêcher

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Littérature
Temps de lecture : 11 minutes